Au pain sec et à l’eau ?

Le Premier ministre, François Bayrou, nous a promis la « vérité » : les finances vont mal, très mal. Et si l’on ne parvient pas à trouver 40 milliards d’économies l’an prochain, la France finira comme la Grèce. Mais si le problème venait de l’État lui-même, et de ses dépenses de fonctionnement ?

Réponses de François Ecalle, économiste, ancien haut fonctionnaire de Bercy et spécialiste des finances publiques


CHARLIE HEBDO : Selon l’Insee, les frais de fonctionnement de la puissance publique ont connu la plus forte hausse, + 22% depuis 2021. L’État vit-il au-dessus de ses moyens ?

François Ecalle : Quand les gens entendent parler des « frais de fonctionnement », ils imaginent qu’on parle des tapis de l’Élysée. Mais l’État central n’est qu’une partie négligeable des 1 700 milliards de dépenses publiques. Si je prends le fonctionnement de l’Élysée et des deux Assemblées, ça nous coûte 1 milliard.

Symboliquement, c’est important, mais fiscalement, ce n’est pas grand-chose. Ce qu’on appelle les « dépenses de fonctionnement », ce sont les dépenses que l’État engage sur les personnels et les achats de biens et services courants — en y ajoutant les agences payées par l’État, cela représente à peu près 200 milliards sur les 1 700.

  • Quand on voit cette somme folle de 1700 milliards d’euros de dépenses, beaucoup disent que l’État est obèse. C’est vrai ?

Globalement, on peut le dire, oui. En prenant l’État, les col­lectivités locales et la Sécurité sociale, et rapporté au PIB, on a le deuxième niveau de dépenses publiques le plus élevé de l’Union européenne en 2024. Si ces dépenses étaient de bonne qualité et toutes très utiles, à la limite, ça irait, mais il y a du gras, c’est un fait.

Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que les dépenses de l’État, ce sont des euros qui vont dans la poche des Français. Si on réduit les dépenses de fonctionnement, certains Français devront se serrer la ceinture : c’est moins d’entreprises à qui on paiera des services, moins de fonctionnaires rémunérés, parce que c’est de l’emploi public, comme dans le personnel hospitalier et les collectivités territoriales… On ne peut pas opposer l’État et les Français.

  • Quand un ménage a des problèmes d’argent, ou quand une entreprise a des dettes, on cherche d’abord à rogner sur tes dépenses inutiles, à se priver un peu. Le même raisonnement n’est pas valable avec les finances publiques ?

C’est un peu différent pour les finances publiques : le quart des dépenses publiques est généré par les retraites… Difficile d’appliquer ce type de raisonnement avec les pensions des gens. Autre exemple : les remboursements de l’assurance-maladie, c’est 20 % de ces dépenses.

Alors oui, certaines prises en charge ne servent peut-être pas à grand-chose — à quoi bon rembourser les cures thermales ? — , mais pour atteindre le niveau qu’on vise, il faut faire des économies colossales.

Car ce ne sont pas seulement 40 milliards que nous recherchons, ce sont 40 milliards pour l’an prochain, à projeter sur les années suivantes, c’est donc plutôt de l’ordre de 100, 150 milliards…

On aura du mal à trouver cet argent uniquement en faisant des économies, il va falloir augmenter certains impôts. C’est d’ailleurs ce que le gouvernement a commencé à faire cette année en haussant l’impôt sur les sociétés.


Propos recueillis par Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. 30/04/2025


Une réflexion sur “Au pain sec et à l’eau ?

  1. bernarddominik 10/05/2025 / 14h17

    Un raisonnement vicié pour 2 raisons: 1 les retraites sont payées par des cotisations et non des impôts ou taxes, donc on ne doit pas les compter comme dépenses de l’état, c’est aux gestionnaires de veiller à l’équilibre recettes pensions, il faut cependant noter que les frais de gestion des retraites sont anormalement élevées car entre les organismes payeurs et le retraité il y a un tas d’intermédiaires qui font leurs choux gras. 2 les dépenses de l’état c’est de l’argent distribué aux français, mais quand Bercy fait cadeau de 370 millions â Bolloré, et pour cela a endetté l’état je suis pas sur que cet argent profite réellement aux français, avec ce type d’argument on justifie la gestion la plus calamiteuse. Or ce sont bien les français qui paieront l’addition.

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