Tuer la culture…

… c’est tuer la démocratie !

Lors de la Nuit des Molières, le 28 avril 2025, le comédien Didier Brice a affirmé que la culture s’appauvrit chaque jour au rythme des baisses de financement dont elle est l’objet. Avant de révéler que Bercy venait d’infliger au ministère de la Culture « une coupe supplémentaire de 100 millions d’euros ». Une annonce contestée par la ministre Rachida Dati qui, de son fauteuil, s’est écriée : « C’est faux ! »

  • Pourquoi ce n’est pas faux

Un décret paru au Journal officiel le 25 avril dernier annule près de 5,7 milliards d’euros de crédits dans le budget de l’État. La culture, comme les autres ministères, n’échappe pas au coup de rabot et perd en effet plus de 100 millions d’euros, dont 47 millions pour le spectacle vivant et les arts visuels, et 41 pour le patrimoine.

  • Pourquoi Rachida Dati conteste l’évidence

Elle joue sur les mots. Son ministère ne nie pas l’annulation de crédits — comment le pourrait-il ? —, mais prétend qu’elle n’aura aucun impact sur les politiques publiques en 2025 et que le financement de tous les établissements sera normalement assuré.

Explication : cette nouvelle ponction serait prélevée sur « la réserve de précaution », ces quelque 5,5% de crédits qui sont gelés en début d’année pour faire face aux inévitables aléas de gestion qui surviennent au cours d’un exercice budgétaire. On verra vite sur le terrain si cette assertion se vérifie. Mais les organisations professionnelles du secteur n’y croient pas et dénoncent déjà « la coupe de trop ».

  • Cette baisse aura-t-elle un impact ?

Évidemment. Même si le ministère affirme qu’il reste quelques dizaines de millions d’euros dans la réserve de précaution, cette ponction le prive de l’essentiel de ces ressources pour les mois à venir, alors que nombre d’établissements, de festivals ou de compagnies sont déjà dans le rouge, du fait des baisses de subventions départementales et régionales. Elle devrait par ailleurs entraîner le décalage d’investissements initialement prévus. Enfin, il manque toujours au moins 25 millions d’euros au Fonpeps, un fonds destiné à soutenir l’emploi pérenne dans le secteur, dont le sous-financement risque de jeter des milliers d’artistes dans une précarité plus grande.


Olivier Milot. Télérama. N° 3930. 07/05/2025


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