Intrigant ?

Cet d’Oliver Geden… !

En moins de dix ans, le scientifique allemand Oliver Geden est passé d’opposant à défenseur acharné des CDR, ces technologies visant à retirer le CO2 de l’atmosphère. Peut-on exercer un rôle politique au sein du Giec tout en publiant des rapports scientifiques promouvant une technologie controversée ?
Pour Oliver Geden, la réponse semble être oui.
À la tête du pôle « politique climatique » du think tank berlinois SWP, l’influent chercheur est un conseiller de longue date des gouvernements allemands. Anthropologue de formation, il est aussi un membre important du Giec, l’organisation internationale fondée en 1988 pour évaluer l’ampleur, les causes et les conséquences du réchauffement climatique en cours.

Spécialisé dans l’étude des politiques climatiques et énergétiques, Oliver Geden fait aujourd’hui figure de référence mondiale en matière de CDR (Carbon Dioxyde Removals). Ces technologies visent à retirer le CO2 dans l’air, avant de le stocker sous terre durant des milliers d’années à l’aide du CCS. Ces « émissions négatives » permettent aux modélisateurs du groupe 3 d’imaginer des scénarios visant la neutralité carbone à l’échelle mondiale en 2100.

Jusqu’au mitan des années 2010, l’Allemand était pourtant un critique acerbe de ce type de solution.

 En 2015, il affirmait que « les ”émissions négatives” permettent aux économistes du climat d’étendre considérablement le budget carbone fixé à l’origine par les scientifiques ». Dans la revue Nature, il sommait la communauté scientifique de ne pas céder aux sirènes des solutions technologiques face aux échecs des négociations climatiques.

En décembre 2015, à une semaine de la signature de l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à + 1,5 degré, il publiait une tribune dans le New York Times pour qualifier les potentielles « émissions négatives » générées par les CDR de « pensée magique à la comptabilité discutable ». Et redoutait qu’elles ne contribuent à « augmenter considérablement les émissions de combustibles fossiles au cours des prochaines décennies ».

  • Un rapport produit avec le soutien des lobbies des CDR

Comment, en moins d’une décennie, Oliver Geden est-il passé d’opposant à promoteur acharné des CDR ? A-t-il vraiment changé d’avis ? « En off, il dit que tout ça n’a pas grand sens, mais quand il est en on, il affirme que c’est très important, raille un chercheur qui souhaite garder l’anonymat. Ce n’est pas du tout le même personnage. »

Depuis 2023, Oliver Geden publie un rapport sur l’état d’avancée des CDR avec l’appui du ministère allemand de la Recherche, du Conseil européen de la recherche et d’acteurs privés aux activités très carbonées : Bank of America, soutien d’une myriade de projets fossiles à travers le globe, la fondation climat du fonds d’investissement britannique Quadrature Capital ou encore l’ONG Carbon Gap.

Carbon Gap est notamment financée par Breakthrough Energy, une nébuleuse d’organisations fondées par Bill Gates destinées à promouvoir des solutions technologiques afin d’atteindre la neutralité carbone, notamment via les technologies CDR, ainsi que par la Quadrature Climate Foundation.

Celle-ci s’est d’ailleurs substituée à Carbon Gap en tant que mécène de l’édition 2024 du rapport d’Oliver Geden. Sa maison mère, Quadrature Capital, est un fonds d’investissement britannique détenant des parts dans de nombreuses compagnies gazières et pétrolières.

Toute collaboration avec des acteurs impliqués dans la promotion des CDR pourrait constituer un conflit d’intérêts, selon le règlement du Giec. Mais ses interactions avec le secteur privé n’ont pas empêché l’Allemand d’être élu vice-président du groupe 3 en juillet 2023. Il participe désormais à la sélection des futurs auteurs du prochain rapport du groupe d’experts international sur le climat. Contacté, Oliver Geden n’a pas répondu à nos questions.


Extraits-Synthèses d’un article signé Simon Guichard. Source (Abonné)


2 réflexions sur “Intrigant ?

  1. bernarddominik 24/04/2025 / 13h56

    Le CO2 c’est du carbone et de l’oxygène. Mais pour le fixer (C4 + 4O2 une molecule de carbone et 4 d’oxygène) il faut une énergie considérable. Il semble que les chinois aient réussi par des processus chimiques uniquement. Un processus chimique permettrait de récupérer du carbone solide et de l’oxygène dans toutes les centrales produisant du CO2, mais aux prix de quelle pollution?

  2. raannemari 24/04/2025 / 19h09

    L’argent achète tout.

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