… l’indécente pleureuse…
À plusieurs reprises, ces dernières semaines, la question est revenue dans les conférences de rédaction, mais pourquoi le procès des assistants parlementaires du Rassemblement national (RN, ex-FN) ne retient-il pas davantage l’attention médiatique.
Pourquoi l’agenda politique semble totalement hermétique à des débats judiciaires pourtant essentiels ?
Il a fallu que les procureurs osent dans leurs réquisitions demander une peine d’inéligibilité pour Marine Le Pen – et une peine exécutoire, ce qui pourrait l’empêcher d’être candidate à la prochaine élection présidentielle – pour que le procès émerge soudainement dans le maelström médiatique.
Une nouvelle fois, c’est là que la presse indépendante a un rôle essentiel à jouer. S’arrimer aux faits et à l’intérêt général. Et toujours défendre l’État de droit
D’après Carine Fouteau. Médiapart
L’accusation a requis mercredi [13 nov 2024]à Paris cinq ans de prison, dont deux ans de prison ferme, et cinq ans d’inéligibilité contre Marine Le Pen.
La peine de prison réclamée est aménageable, ce qui veut dire que la cheffe du parti d’extrême droite n’irait pas en prison. Mais elle pourrait l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 : le parquet a en effet réclamé que la peine d’inéligibilité soit assortie de l’exécution provisoire, c’est-à-dire qu’elle s’applique immédiatement, même en cas d’appel.
Une telle peine « viendrait interdire aux prévenus de se présenter à des futures élections locales ou nationales », a précisé le procureur Nicolas Barret devant la triple candidate à la présidentielle assise au premier rang des prévenus.
Mais « nous sommes ici dans une enceinte judiciaire et le droit s’applique à tous », la justice ne peut pas être comptable des « ambitions » politiques de chacun, a-t-il justifié.
L’accusation a également réclamé une peine de 300 000 euros d’amende Marine Le Pen, ainsi que 4,3 millions d’euros d’amende, dont 2 millions d’euros ferme pour le Rassemblement national.
En sortant de la salle d’audience, Marine Le Pen a dénoncé la « violence » et « l’outrance » des réquisitions. « Je pense que la volonté du parquet est de priver les Français de la capacité de voter pour ceux qu’ils souhaitent » et de « ruiner le parti », a-t-elle réagi.
« La loi s’applique à tout le monde », a rétorqué sur Public Sénat la ministre chargée des Relations avec le Parlement Nathalie Delattre qui a trouvé « choquant » le commentaire de l’ancien ministre de l’intérieur.
L’accusation a prononcé une sévère charge contre les prévenus. Car le « système » mis en place, qui s’est « renforcé » avec l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti en 2011, est « inédit » par sa durée, le « montant » des détournements (4,5 millions) et son « caractère organisé, systématisé ».
Un « enrichissement partisan » qui a permis au Rassemblement national de « financer sa croissance, son influence, sa propagande pendant des années ». Mais qui était aussi « au service » de « l’ambition personnelle » de ses dirigeants, « pour porter leur carrière politique aux frais du contribuable », a-t-elle ajouté.
Sans « l’ombre d’une remise en question » des prévenus à l’audience : « Ils ne voient pas, ils ne veulent pas voir, ils se moquent éperdument de l’illégalité de leurs actes », a poursuivi la magistrate.
D’après « La rédaction de Public-Sénat