Siècle après siècle
toute cette poussière
qui s’accumule sur nos paupières
Quittons un à un nos vêtements
et enfonçons-nous
dans l’eau froide du silence
Les courants des grands fonds
nous entraînent
loin, loin
sur les anneaux de Saturne
ou le regard d’un enfant
assis seul sur le trottoir
Effleurons chaque visage
chaque cœur
du bout de nos nageoires
Ceux d’ici disent que les poètes
sont des idiots aux mains vides
incapables de rien acquérir
Mais atome après atome
nous soupesons
la liberté du monde
dans chaque frisson de fleur
chaque fissure de mur
chaque fracas de tonnerre
Plus tard
quand nous remonterons
à la surface
nous assemblerons
des colliers de mots
autour des cous sans voix
des exilés
Thierry Casals. Recueil « Tu risques l’étoile » éd. Eres