Alain Duménil, accusé par les services secrets extérieurs d’avoir fait fondre leur trésor de guerre, assure avoir été menacé par deux agents. Il a porté plainte.
Selon « Le Point »(Extraits)
L’affaire n’aurait jamais dû éclater au grand jour. Si les résultats de la société France Luxury Group – dans laquelle avait investi la Direction générale des services extérieurs – avaient été florissants, le grand public n’aurait jamais su que nos espions disposaient depuis l’après-guerre d’un magot qu’ils faisaient fructifier. Et que certains de leurs agents étaient prêts à s’affranchir de leur légendaire discrétion pour récupérer leur mise, estimée à 25 millions d’euros.
Mais la déconfiture financière de la société dans laquelle ils avaient placé leur argent les a, semble-t-il, poussés à sortir du bois. Comme l’a révélé Le Monde , deux agents auraient ainsi mis la pression sur l’entrepreneur Alain Duménil, gestionnaire malgré lui d’une partie de la cagnotte secrète depuis qu’il avait repris France Luxury Group et ses marques de luxe, Emmanuelle Khanh ou Jean-Louis Scherrer, en 2002.
Un guet-apens digne d’un roman d’espionnage qui a conduit l’homme d’affaires franco-suisse à déposer le 17 janvier une plainte pour « détention et séquestration », et « tentative d’extorsion en bande organisée » avec constitution de partie civile.
Mélanie Delattre. Le Point. Source (Extraits)
Selon « Le Monde »(Extraits)
La DGSE et son magot secret dans les filets de la justice
Les services de renseignement français disposent de fonds cachés qu’ils ont imprudemment investis, ces dernières décennies, dans des sociétés fragiles. Ont-ils eu recours, pour récupérer cet argent, à des menaces sur un entrepreneur jugé indélicat ? L’affaire, dont « Le Monde » dévoile des éléments inédits, vaut à un ex-patron de la DGSE, Bernard Bajolet, d’être mis en examen.
La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) préfère l’ombre. La voici pourtant, bien malgré elle, propulsée dans la lumière crue des « affaires ». Selon les informations du Monde, son ancien directeur général entre 2013 et 2017, le diplomate Bernard Bajolet, a été mis en examen par la juge Claire Thépaut, à Bobigny, le 18 octobre 2022, pour « complicité d’extorsion » et « atteinte arbitraire à la liberté individuelle par dépositaire de l’autorité publique ». L’ancien directeur du cabinet de M. Bajolet, le général Jean-Pierre Palasset, bénéficie, pour sa part, du statut intermédiaire de témoin assisté dans ce dossier.
L’actuel patron de la DGSE, le très discret Bernard Emié, a également dû s’expliquer, mais en tant que simple témoin, surles embarrassantes mesures d’extorsion dont se serait rendue coupable la DGSE, en mars 2016, à l’endroit d’un riche entrepreneur, Alain Duménil. M. Bajolet et son ancien adjoint sont soupçonnés d’avoir permis ou autorisé la mise en œuvre d’un chantage intimidant sur cet homme d’affaires qui s’était retrouvé, un peu par hasard, au début des années 2000, à devoir gérer l’argent caché des « services ».
Devant la juge Thépaut, ces trois figures du renseignement ont surtout dû lever le voile sur l’un des secrets les mieux gardés de la République : qu’est devenu le trésor de guerre de la DGSE, ces 23 millions d’euros accumulés depuis un siècle, puis dilapidés au gré d’investissements hasardeux ? D’après les trois hauts fonctionnaires, c’est M. Duménil qui aurait, par des manœuvres financières déloyales, récupéré, pour son profit personnel, les avoirs des services. Lui dément et se plaint depuis des années des « pressions » de la DGSE…
L’affaire remonte jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. « Le président de la République était au courant de l’escroquerie subie par mon service », a ainsi affirmé sur procès-verbal M. Bajolet, nommé à son poste, en 2013, par François Hollande.
Gérard Davet et Fabrice Lhomme « Le Monde » Source (extraits)
Compléments d’infos
Alain Duménil préside Acanthe Développement et Alliance Développement Capital, qui gèrent un portefeuille immobilier imposant. En 2025, les deux entités ont opté pour le régime des sociétés d’investissement immobilier cotées (SIIC) : celles-ci ont l’obligation de reverser une bonne partie de leurs profits (revenus de locations et plus-values de cessions d’immeubles) aux actionnaires sous forme de dividendes. En contrepartie, elles bénéficient d’une exonération totale de l’impôt sur les sociétés. Pierre qui roule amasse des masses de mousse…
Nombre de mastodontes de l’immobilier, comme Unibail-Rodamco-Westfield, Klépierre ou Icade ont adopté ce système très avantageux visant à doper les investissements dans la pierre. Mais, pour éviter que les gros détenteurs de patrimoine abusent de ce cadeau fiscal, le législateur a introduit une petite restriction dans le Code général des directement ou indirectement, à hauteur de 60 % ou plus par une ou plusieurs personnes agissant de concert ».
Les inspecteurs des Impôts ont découvert que le multimillionnaire — il a longtemps fait partie du club des 500 plus grandes fortunes de France — avait sciemment caché qu’il détenait plus de 60 % d’Acanthe Développement et d’Alliance Développement Capital.
Quand on consulte les rapports financiers, on constate qu’Alain Duménil possède, selon les années, entre 48 et 52 % des deux foncières. Jusque-là, pas d’infraction au régime des SIIC (le plafond de détention est respecté à la virgule près). Mais, en 2021, l’administration fiscale, qui garde l’oeil sur Alain Duménil — déjà condamné pour fraude fiscale et complicité de banqueroute —, déclenche un contrôle sur Acanthe Développement et Alliance Développement Capital pièces pour les exercices 2020, 2021 et 2022.
Les limiers du fisc vont de trouvaille en trouvaille. Ils repèrent deux énigmatiques sociétés aux noms quasi identiques (Titrisation helvetico-luxembourgeoise SA et Helvetico-Luxembourgeois Invest SCS), détentrices de plus de 21 % des foncières d’Alain Duménil.
Et qui est le propriétaire de ces deux fausses jumelles ? Un certain Duménil Alain ! Dès lors, grâce à ces deux pièces, les inspecteurs vont pouvoir reconstituer le puzzle ayant permis la fraude fiscale.
La fiscalité française est des plus étranges. Elle permet de faire fi de l’égalité des citoyens devant l’impôt sans que le conseil constitutionnel n’y voit une rupture de l’égalité devant la loi. Ainsi certains actionnaires ne paient aucun impôt sur leurs dividendes, cadeau de l’état.