USA – Président BIS, ou…

… futur candidat dans quatre ans pour les républicains ?

« Je t’aime Elon ! »
Lors de son discours de victoire, Donald Trump a rendu un hommage bien plus appuyé au patron de Tesla et SpaceX qu’à son propre futur vice-président.

« Une star est née ! [Elon Musk] est un mec exceptionnel, c’est un génie ! » Et le president-elect de se dire « ravi » de le compter dans sa future administration. Donald le doit bien à Elon : l’homme le plus riche du monde s’est imposé tout au long de la présidentielle américaine comme le plus fervent soutien du camp républicain. Au point que les rivaux démocrates l’ont qualifié de« vrai vice-président ». Mais, plus qu’une love story politique, c’est bien d’un cynique calcul économique qu’il s’agit. Et qui doit se traduire par un rôle clé pour le multimilliardaire.

Roi de la désinformation

« C’est la première fois qu’un homme d’affaires a été aussi actif dans une campagne américaine, note Romain Huret, historien des Etats-Unis et coauteur d’Anatomie d’une démocratie » (Les Arènes, 2024). Historiquement, les patrons ont toujours voulu influencer les politiques afin de défendre leurs intérêts, mais toujours discrètement afin de ne pas risquer un boycott. La visibi­lité de Musk marque le pouvoir débridé des milliardaires dans la présidentielle. »

Durant la campagne, le patron s’est invité sur scène lors de meetings, a milité sur le terrain en Pennsylvanie, et a été jusqu’à payer des électeurs un million de dollars contre, officieusement, la promesse implicite de leur voix – démarche jugée illégale par le ministère de la Justice.

S’il a déboursé des sommes folles – l’addition totale dépasse les 119 millions de dollars -, c’est la mise à contribution de son réseau social X (ex-Twitter) qui a le plus marqué. Une plateforme transformée en porte-voix des idées conservatrices, les algorithmes étant modifiés pour mieux promouvoir les thèmes de campagne républicains, à commencer par la lutte contre l’immigration honnie par cet immigré sud-africain.

Pis, en roi de la désinformation, il a relayé à ses 203 millions d’abonnés des dizaines de fausses informations sur l’élection, comme l’intox des immigrés haïtiens qui « mangent des chats » ou des vidéos de Kamala Harris dans lesquelles l’intelligence artificielle lui fait tenir des discours qui n’ont jamais existé. Toute cette démarche, il l’a inscrite lui-même dans ce qu’on appelle la « fenêtre d’Overton », qui consiste à pousser médiatiquement des idées extrêmes afin d’accroître le périmètre de ce qui est considéré comme « acceptable » au sein d’une société. Et transformer ainsi, peu à peu, l’impensable en programme politique.

Parce que c’est bien d’un programme dont il s’agit.

A l’oreille de Donald Trump, Elon Musk a distillé quelques mesures très concrètes.
Un exemple : le 47 président des Etats-Unis, qui a toujours dénigré les voitures électriques, va finalement accélérer leur substitution aux véhicules thermiques américains grâce à une prime à l’achat. Une bonne nouvelle pour le premier constructeur du pays… Tesla !

« Je n’ai pas le choix parce qu’Elon m’a fortement soutenu », a même admis Trump. « Musk s’est aussi engagé derrière le républicain avec l’espoir de lever les dizaines de procédures à l’encontre de ses entreprises », poursuit Ryan Mac, journaliste au « New York Times » et coauteur de « Plainte contre X.

Comment Elon Musk a cassé Twitter » (L’Observatoire, 2024). En effet, une vingtaine d’enquêtes sont ouvertes par différentes administrations américaines à l’encontre des sociétés de Musk, notamment sur la sécurité des Tesla et les dégâts environnementaux causés par les fusées SpaceX.

« Comme Gulliver, attachés par des milliers de fils, nous perdons notre liberté une loi à la fois », proclame le magnat, avant de justifier son engagement politique par cette volonté pseudo-libertarienne de « moins d’Etat » pour « retrouver une liberté de créer ». Il ne faut pas s’y tromper : l’homme désire court-circuiter toutes les contraintes légales pour mieux étendre son business et sa fortune.

Conflit d’intérêts

Elon Musk est déjà convenu avec Trump qu’il prendrait la tête d’une « commission sur l’efficacité du gouvernement », afin d’organiser des coupes budgétaires dans les agences fédérales – il a promis d’économiser 2 000 milliards de dollars (soit un tiers de toutes les dépenses gouvernementales). Evidemment, le conflit d’intérêts est immense.

Impossible pour les agences fédérales d’enquêter (et de condamner) librement sur les sociétés de celui capable de les assécher. Pis, Musk pourrait se servir de ce levier pour défavoriser ses concurrents : il a évoqué lui-même la fin potentielle du contrat de la Nasa pour la création d’une nouvelle navette avec Boeing, son principal concurrent dans l’industrie spatiale.

Le mélange des genres risque de s’étendre aux subventions et contrats distribués par l’Etat dont l’empire de Musk se gave : rien que l’an dernier, ses sociétés ont reçu pour plus de 3 milliards de dollars à travers une centaine de contrats avec dix-sept agences fédérales. « Je travaillerai dur pour améliorer l’efficacité du gouvernement, promet la main sur le cœur le multimilliardaire. Et après, j’espère que je n’aurai plus à faire de politique… » Fake news, encore.

Galvanisé par la victoire, Elon Musk va poursuivre son engagement en continuant à financer des candidatures républicaines aux prochaines élections de mi-mandat de 2026. Mettant à profit ses connexions privilégiées avec des dirigeants du monde entier – à commencer par les autocrates -, le nabab va aussi certainement jouer un rôle géopolitique de première importance.

Lorsqu’il entreprendra de stopper la guerre en Ukraine « en vingt-quatre heures » comme il l’a promis, Donald Trump pourra compter sur l’entremise de Musk, seul Américain qui téléphone régulièrement à Vladimir Poutine.
Même chose quand il s’agira de négocier avec la Chine ou l’Arabie saoudite.
En Europe, la Maison-Blanche pourra compter sur les bonnes relations du tycoon avec l’extrême droite italienne de Giorgia Meloni et avec le populiste hongrois Viktor Orban.
Elon Musk pourrait ainsi devenir plus puissant qu’un oligarque.


Boris Manenti. Le Nouvel Obs. N° 3138. 14/11/2024


Une réflexion sur “USA – Président BIS, ou…

  1. bernarddominik 25/11/2024 / 9h43

    Ce n’est pas très intelligent de la part de Musk, l’opinion publique est changeante, sa chute sera aussi spectaculaire que son ascension

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