En sept années au pouvoir, le camp présidentiel s’est largement effrité, perdant plus d’une centaine de députés et des dizaines de milliers d’adhérents. Les repentis macronistes confient leurs désillusions, face à cette promesse de « nouveau monde » jamais tenue.
[…] ils sont nombreux à avoir quitté le navire au fil des deux mandats du président de la République. De 314 membres en 2017, le groupe LaREM est passé à 267 têtes à la veille des législatives de 2022. Soit 47 départs en pleine mandature, provenant en particulier de la « jambe gauche » du macronisme. Une hémorragie motivée par l’utilisation abusive du 49.3 pour des réformes très éloignées du progressisme que certains espéraient.
Réforme du Code du travail en 2017 ou de l’assurance-chômage en 2019, qui, pour la première, détricote les droits des travailleurs, et, pour la seconde, précarise les demandeurs d’emploi. Mais aussi suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) et circulaire Collomb sur l’immigration, prélude à la loi asile et immigration, etc.
Après l’échec électoral des législatives anticipées de 2024, le groupe macroniste – maintenant nommé Ensemble pour la République (EPR) – ne compte plus que 94 élus. Un naufrage qui touche aussi le parti présidentiel, Renaissance, qui ne dénombre plus que 8 500 adhérents à jour de cotisation alors qu’il en affichait 35 000 à l’été 2023. En 2017, En marche ! revendiquait 450 000 sympathisants.
« À droite, certains espéraient que le macronisme soit une sorte d’orléanisme, un libéralisme conservateur avec une conscience sociale. Et, à gauche, d’autres voulaient y voir une nouvelle troisième voie », observe Aurélien Taché, député LaREM jusqu’en 2020, passé à gauche au moment de la loi « anti-casseurs » facilitant la répression des manifestants. « Résultat : tout le monde est déçu car rien de tout cela n’est arrivé. »
« Personne ne sait vraiment ce qu’est le macronisme parce que chacun y voyait ce qu’il espérait », relève, de son côté, Cédric Villani, ex-député LaREM. À l’époque, le mathématicien hésite longuement à accepter de représenter le camp d’Emmanuel Macron aux élections législatives. Jusqu’à une date précise : le 12 juillet 2016 et le meeting de l’ancien secrétaire général adjoint de François Hollande à la Mutualité de Paris.
« Je n’avais jamais vu de toute ma vie une telle ferveur pro-européenne, se remémore-t-il, non sans émotion. C’est ce qui m’a fait adhérer au projet. Mais, aujourd’hui, j’en garde surtout le sentiment d’une occasion manquée. » La faute à un « corpus idéologique inexistant » qui a eu pour conséquence de déclencher des épisodes récurrents de « chaos » dans les rangs macronistes.
« Sur l’éducation, par exemple, qui était annoncée comme une de nos grandes priorités, nous avons vu six ministres différents sans aucun point commun, déplore-t-il. Dès lors, leurs différentes réformes se sont bousculées, se sont gênées. Tout comme nos travaux de parlementaires : la mission que je pilotais sur l’enseignement mathématique est venue percuter la réforme du bac qui ne portait pas vraiment les mêmes intentions. C’était d’une immense illisibilité. »
Comment l’expliquer ?
Florian Bachelier est un « marcheur » de la première heure. Grâce à Emmanuel Macron, et par l’entremise de Richard Ferrand, futur président de l’Assemblée nationale, il a connu une ascension éclair très « start-up nation ». En 2016, l’avocat et ancien militant socialiste devient référent du parti pour le département de l’Ille-et-Vilaine.
Un an plus tard, le voilà élu député et premier questeur de l’Assemblée nationale. « On a peut-être fait les choses à l’envers, note celui qui a été battu en 2022. Au départ, il y avait un livre : Révolution, d’Emmanuel Macron. Puis, à partir des axes développés (moralisation de la vie politique, dépassement des clivages, rajeunissement), une intention : miser sur les “bons”. J’en étais. Mais, ensuite, nous ne nous sommes pas donné les moyens de faire une vraie proposition politique avec des idées construites. » Et de conclure, plein de regrets : « Finalement, le macronisme, ce n’est rien. C’est juste un bâtiment, rue du Rocher, avec un parti qui ne s’est jamais adressé aux gens en sept ans. »
Pourtant, tous assurent avoir obtenu des promesses concrètes d’Emmanuel Macron sur la ligne qui allait être tenue. Sauf que, selon l’interlocuteur du président, elles ont toutes été différentes, et donc contradictoires. « Sociale » ou « pro-business », « multiculturelle » ou « identitaire », « jacobine » ou « girondine ».
Refuser la supercherie
Paul Molac, actuel député Liot, a eu l’étiquette macroniste entre 2017 et 2018. L’élu régionaliste témoigne : « J’avais obtenu l’assurance que notre pratique des responsabilités serait assurée de façon ascendante : en partant du terrain, des territoires et des corps intermédiaires. Sauf que le pouvoir est plus centralisé que jamais et sourd aux aspirations populaires. C’est du bonapartisme ! »
Si lui n’a tenu qu’une année avant de « refuser la supercherie », d’autres ont insisté plus longtemps. Comme Sophie Errante, députée de Loire-Atlantique, qui vient tout juste de claquer la porte du groupe, épuisée de voir « les revendications » qu’elle ramenait de sa circonscription être « ignorées » par son camp. « Gouverner sans le pays, ça me pose un problème, affirme-t-elle. Comme lorsque les électeurs placent la gauche en tête des législatives et que l’on se retrouve avec un gouvernement de droite filloniste ? »
Certains de ses piliers historiques, qui n’ont pas totalement quitté le navire, reconnaissent aisément quelques « erreurs » ayant conduit à l’échec en cours. « Nous n’avons jamais construit un corpus d’idées et de méthodes très clair, nous avons gouverné au fil de l’eau, admet François de Rugy, ex-président de l’Assemblée nationale. Peut-être est-il temps de définir et de théoriser nos piliers. C’est maintenant ou jamais, nous risquons de disparaître. »
D’autres sont moins définitifs. « Le courant central est une des sensibilités essentielles de la vie du pays et est souvent majoritaire, veut croire le président du Modem, François Bayrou. 2017 a été un moment important de son histoire. Mais il existait avant et il existera après. » Mais que faire de cet héritage macroniste ? « Le balayer ! tranche un proche du chef de l’État. Le macronisme n’est qu’un accident de l’histoire. On le retiendra comme tel. »
Anthony Cortes. Source (Extraits)
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