Proviseur menace

Devant le tribunal, l’agresseur joue les martyrs

Barbe bien taillée, lunettes d’intello, Akram A., 27 ans, comparaissait mercredi 2 octobre 2024 devant la 17ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris, pour avoir, en février 2024, menacé de mort le proviseur du lycée Maurice-Ravel, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris.

En droit, la qualification est plus alambiquée : « menace de mort » se dit « provocation publique non suivie d’effet à commettre une atteinte volontaire à la vie », mais les tweets du prévenu sont sans ambiguïté : « C’est une dinguerie, il faut le brûler vif ce chien ».

Voilà comment ce quasi-trentenaire bien inséré dans la société parle de Philippe Le Guillou, proviseur du lycée Maurice-Ravel.

L’affaire remonte au 28 février 2024. Dans la cour du lycée, Philippe Le Guillou demande à un groupe d’élèves de retirer leur voile islamique. Ce qu’elles font. Toutes sauf une, étudiante en BTS.

  • A-t-elle le droit de porter le voile étant étudiante et non lycéenne ?
  • Doit-elle l’enlever parce qu’elle se trouve dans l’enceinte de l’établissement ?

C’est la seconde option que choisit le proviseur pour faire respecter le règlement intérieur et aussi éviter tout effet de contagion. Il dira d’ailleurs à la barre du tribunal avoir été « surpris de voir tant d’élèves voilées dans la cour ».

La situation dégénère lorsque la rebelle fait courir le bruit selon lequel le proviseur l’aurait giflée pour qu’elle s’exécute. La machinerie Internet se met en marche. La rumeur enfle, les insultes, injures, menaces de mort et divulgation de l’identité du proviseur circulent sur X.

Mis en retrait de l’Éducation nationale, Philippe Le Quillou se fait discret pendant des mois, avant de prendre la parole pour la première fois devant le tribunal, « au nom de la laïcité », pour la défendre face aux offensives religieuses. « Avec tout ce qui s’est passé, c’est important que je témoigne », dira-t-il pudiquement.

« Tout ce qui s’est passé », ce sont notamment les assassinats de Samuel Paty – même scénario fou, jusqu’à la tragédie -, de Dominique Bernard, mais aussi les menaces de mort sur une proviseure et une directrice des services académiques de l’académie de Créteil (Val-de-Marne).

Durant toute l’audience, l’ombre de Samuel Paty plane sur les débats. Étrange, alors, qu’un jeune homme cultivé comme Akram A. soit le seul à ne pas avoir vu les similitudes entre son tweet et l’enchaînement d’intox et de sauvagerie islamistes qui a conduit au drame de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines)…

Face au feu de questions de la présidente, il admet, d’une voix à peine audible, que le pire aurait pu arriver, mais que « jamais, au grand jamais, il n’a eu l’intention d’inciter à porter atteinte à l’intégrité physique de M Le Guillou ». Ouf !

Les excuses sans cesse réitérées d’Akram A. à l’adresse du « proviseur, sa famille et toutes les personnes de près ou de loin que j’aurais pu blesser » sont-elles sincères ? N’en fait-il pas un peu trop lorsque, sa menace de mort lue et relue par les voix de la justice, il déclare, tête basse : « Vous entendre prononcer cette phrase-là, ça me fait mal » ?

Avec force, Me Francis Lec, l’avocat de Philippe Le Guillou et du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale, démonte l’argumentaire du prévenu et croit déceler dans les excuses répétées d’Akram A. une stratégie.

Celle d’un personnage qui, loin d’être un « débile profond », reste « un menteur ». Le partisan d’un islam rigoriste, aussi, comme en témoignaient certains tweets contre « le peuple juif », et d’une sacrée intransigeance lorsqu’il considère que les préceptes de l’islam sont remis en cause par la République et ses représentants.

Pas encore la taqiya, mais l’hypocrisie, peut-être bien.

Un an de prison avec sursis requis, verdict le 18 novembre.


Natacha Devanda. Charlie hebdo. 06/10/2024


Note : bien évidemment ce n’est pas une certitude, toutefois pour nombre de condamné(e)s juridiques à ce titre, lorsqu’ils sont internés, ils deviennent encore plus extrémistes à leur sortie. Cette réalité soulève des questions cruciales sur l’efficacité des mesures d’internement carcéral. Faut-il se poser la question de l’obligation d’internement carcéral ? Peut-être que nous devrions également examiner les alternatives à l’internement, qui pourraient potentiellement permettre une réhabilitation plus efficace, au lieu d’une radicalisation accrue. Si d’aucuns électeurs s’interrogent sur une solution viable à ce problème complexe, il est primordial d’engager un débat approfondi sur la manière dont le système judiciaire peut mieux traiter ces cas sensibles tout en protégeant la société. MC


2 réflexions sur “Proviseur menace

  1. rblaplume 10/10/2024 / 19h06

    Cette situation comme d’autres fait apparaître la solitude de ceux et celles qui s’efforcent contre vents et marais de faire respecter ne serait-ce que les textes législatifs concernant l’Education nationale.
    J’ évoquerai ultérieurement la Laïcité.
    Je tiens à souligner l’excellence des plaidoiries de M Lec Francis, avocat. Cet avocat est pleinement investi dans la défense de l’Ecole publique ainsi que des dizaines d’autres de ses confrères.
    RBLAPLUME

  2. bernarddominik 11/10/2024 / 8h09

    Dehors il faut expulser cette famille (pakistanais afghans?). Elle est incompatible avec notre république.

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