Adieux au luxe de la voiture

La manifestation pour la réindustrialisation de l’UE qui s’est tenue à Bruxelles la semaine dernière pour protester contre la fermeture de l’usine Audi locale (qui fabriquait les SUV électriques de la marque) réunissait travailleurs belges, italiens et allemands demandant que l’UE les aide face aux difficultés de la bagnole à électrons.

L’affaire est simple : aucun gouvernement européen n’a eu le courage de rompre avec la société de la voiture individuelle, dans laquelle nous n’aurions jamais dû entrer.

La voiture électrique semblait nous offrir le meilleur des deux mondes : de l’air pur et des emplois. Seulement voilà…

Outre que les gains écologiques de la « watture » sont finalement faibles, ces véhicules sont tout simplement trop chers.

Au prochain Mondial de l’auto, Renault va parader avec sa R5 électrique au modeste prix de… 25 000 euros.

Selon Luca de Meo, P-DG de la firme au losange, « aujourd’hui, cela coûte un tiers moins cher aux 100 km de rouler à l’électrique plutôt que dans une voiture thermique, et un véhicule électrique dure plus longtemps, c’est cela qu’il faut expliquer au consommateur » (L’Opinion,17 /9/2024).

Oui, mais quand la R5 est sortie, en 1972, elle coûtait 9 740 francs, soit, en gros, « seulement » 10 mois du salaire minimum de l’époque-pour 43 heures et demie de travail par semaine ! Alors qu’il faudra trimer dix-huit mois payés au Smic pour la R5 nucléaire.

Tu vois la différence, Luca ?

Comme le prolo ne peut pas acheter, les gouvernements ont subventionné, avant de se rendre compte que filer des milliers d’euros d’argent public par bagnole, ça coûte cher ! Et qu’en plus une grande part du pognon public partait en Chine. Et donc, le bonus a exclu les voitures produites en dehors de l’UE, ouf !

Mais voilà : les gouvernements n’ont plus de sous.

En 2022, la Suède et le Royaume-Uni ont supprimé leur bonus écologique.
L’an dernier, c’était au tour de l’Allemagne, entraînant une chute des ventes de voitures électriques en Europe de 11 %…
Et la France va sans doute faire de même.

Quelle était la solution ?

Le protectionnisme. La Commission européenne s’y est enfin résolue l’été dernier, en augmentant fortement les droits de douane sur les voitures chinoises. Mais cette décision n’est que provisoire. Elle doit être validée par les États membres de l’UE. Or le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, en visite à Beijing, a demandé à Bruxelles d’y renoncer, suite aux mesures de représailles prises par l’empire du Milieu contre le porc européen, dont Madrid est l’un des plus grands exportateurs.

Il fallait être protectionniste, oui.
Mais dès le début, il y a dix ans au moins.
Maintenant, c’est fichu.

Et, surtout, il aurait fallu que nos gouvernants nous libèrent de notre dépendance à l’égard de la tonne d’acier, de plastique et de minerais dans laquelle nous posons notre cul pour faire les 500 m qui nous séparent de la boulangerie.


Gilles Raveaud. Charlie Hebdo. 25/09/2024


Une réflexion sur “Adieux au luxe de la voiture

  1. bernarddominik 27/09/2024 / 9h02

    Seuls les idiots utilisent leur voiture pour faire 500 mètres. Mais pour ceux qui habitent à 5 voire 10 kms du premier commerce la voiture est indispensable. Mais qu’est ce qui rend la voiture si chère ? Le rajout de dispositifs à l’utilité faible par rapport au coût, comme l’informatisation, les dispositifs électriques supplémentaires (lèves glace ouverture/fermeture centralisée démarrage sans clé ouverture automatique du coffre…), trop d’éléments décoratifs, siège chauffant etc. Les fabriquants gagnent trop d’argent sur le superflus pour concevoir une voiture simple.

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