En octobre prochain, plusieurs dizaines de maires franciliens ont prévu de s’envoler pour un séjour de quelques jours à Tallinn, capitale de l’Estonie.
Les élus seront accompagnés par des représentants de la fine fleur des bétonneurs et des fournisseurs des collectivités locales françaises. À l’agenda balte de cette joyeuse troupe de 70 personnes : des rencontres officielles, certes, mais aussi des visites touristiques, quelques pince-fesses et une « soirée festive ». On espère qu’ils auront beau temps…
Ce genre de « voyage d’études » est une spécialité de l’Association des maires d’Ile-de-France (Amif), qui regroupe la quasi-totalité des 1 200 communes de la région. Ces dernières années, Québec et Montréal étaient au programme, mais aussi Copenhague, Madrid, Lisbonne, et auparavant Pékin ou encore Shanghai. Avec, chaque fois, un dosage subtil entre « séances de travail » avec les autorités locales et virées touristiques.
Fournisseurs philanthropes
La facture de ces excursions est réglée en partie par les élus. Lesquels se la font, le plus souvent, rembourser par leur collectivité locale. Ainsi, Jérôme Coumet, le maire (PS) du XIIIe arrondissement de Paris, a fait régler sa note québécoise de 2 500 euros directement par l’Hôtel de Ville, qui l’a acceptée sans discussion.
Le solde de la douloureuse est financé par 60 entreprises adhérentes d’un club étonnant, baptisé « Amif Partenaires », où se retrouvent SFR, Eiffage, Bouygues, Engie, JCDecaux, Veolia, Transdev, etc.
Rien que des purs philanthropes !
Autre curiosité : cette association 1901 est domiciliée à la même adresse que l’Amif et se retrouve présidée par la même personne, en l’occurrence Stéphane Beaudet, le maire (divers-droite et Macron-compatible) d’Evry-Courcouronnes.
Les statuts de l’Amif Partenaires valent le détour.
L’association y avoue ingénument que sa mission est d’« informer [les élus franciliens] sur les innovations [en organisant notamment] des séminaires, des visites de site ou des voyages d’études ». En clair : promouvoir ses services et son savoir-faire en caressant les maires dans le sens du poil…
Pour ses bonnes œuvres, l’Amif Partenaires dispose officiellement d’un modeste budget annuel de 400 000 euros. Mais cette somme ne comprend ni les dépenses liées à la participation annuelle de ses membres au salon de l’Amif (une sorte de foire commerciale pour élus locaux franciliens), ni un certain nombre de dépenses de lobbying.
Par exemple des dîners (forcément « de travail ») organisés à l’Assemblée nationale ou dans d’autres lieux de pouvoir, et des tournois de golf annuels qui sont toujours ponctués de déjeuners et de soupers (toujours « de travail »…).
Si l’association sait recevoir, elle n’aime guère les bavards.
L’article 7 de ses statuts prévoit que, sous peine de « poursuites judiciaires », ses anciens membres « ne peuvent communiquer sur leurs liens avec l’association de quelque manière que ce soit ».
Comme si des fournisseurs de marchés publics
pouvaient avoir quelque chose à cacher…
Hervé Liffran. Le Canard enchaîné. 07/08/2024
La corruption est devenue légale. C’est honteux.
Elle n’est pas belle la vie ?