La preuve par le cousin d’Amérique.
Il y a un mois encore, les démocrates s’inquiétaient de voir Trump, tout juste rescapé d’un attentat, triompher face à un Joe Biden écrasé par le poids des ans. Et puis Biden a renoncé, et, en quatre semaines, le vent a tourné. Kamala Harris a repris le flambeau de l’investiture.
Vieilli par l’irruption d’une femme métisse de bientôt 60 ans, Trump est menacé d’être battu à la présidentielle de novembre par une adversaire qui a redonné une énergie communicative à toute une planète. Son slogan ? « Forward », « en avant » !
Rien de plus simple, rien de plus efficace.
En France, depuis le 7 juillet, bientôt sept semaines, Macron n’a qu’un slogan : « En arrière ! » Il a perdu les élections, les deuxièmes en un mois, mais n’a pas bougé. Le surplace s’est installé, et qui n’avance pas recule.
Au prétexte d’une trêve olympique, au prétexte, surtout, du caprice d’un ado boudeur qui ne veut pas admettre son échec et en subir les conséquences : la cohabitation face au nouveau pouvoir parlementaire. Le comédien Macron a cherché à la jouer samouraï de Melville : taciturne, comme si le silence était plus lourd de richesse que d’ambiguïté.
Mais Delon n’est pas un modèle en politique. Imagine-t-on le général de Gaulle rester silencieux des semaines durant avant de tirer la leçon du non à son référendum du 27 avril 1969 ? Le 28, à 0 h 10, il annonçait son départ.
Le 7 juillet, personne n’a demandé, à Emmanuel Macron de partir. Juste de faire son job, de nommer un nouveau Premier ministre issu du camp arrivé en tête et de laisser les députés décider ensuite de voter ses textes ou non.
Au lieu de ça, le Président procrastine. Il voudrait continuer comme si de rien n’était, avec une Assemblée à sa botte, arguant que, puisque nul n’a la majorité absolue, cela l’autorise à toutes les « combinaziones ».
Il se prétend le maître des horloges, il a surtout oublié de remonter sa montre. Le temps n’a pas pris ses vacances d’été, il continue à couler, en particulier pour la Commission de Bruxelles, qui attend de la France des décisions budgétaires.
« Le temps public ne rassemble pas, il divise », professait Paul Ricœur, le philosophe préféré du chef de l’État.
Alors, au bout de sept semaines de surplace, les esprits s’échauffent. Mélenchon en vient à réclamer la destitution du Président, ce qui est hors sujet. L’Insoumis est le meilleur allié de Macron. Le premier ne veut pas gouverner, mais se préserver pour la présidentielle ; le second ne veut pas de la gauche à Matignon.
Ces deux-là aiment les faux-semblants, les théâtres d’ombres et les jeux de massacre. Lucie Castets pourrait en faire les frais. Comme les autres prétendants que teste l’Élysée : Bernard Cazeneuve, qui a du mal à séduire la gauche, Xavier Bertrand la droite et Valérie Pécresse au-delà de Versailles.
Macron les rend fous, jusqu’à agiter le nom du maire PS (et anti-LFI) de Saint-Ouen pour accentuer le trouble chez les socialistes.
Ruse suprême, le 23 août, il tentera de faire porter aux partis politiques et aux groupes qu’il reçoit à l’Elysée la responsabilité de sa procrastination.
Comme s’il revenait à ses invités de nommer un Premier ministre. Ils peuvent le faire tomber, c’est déjà pas mal et c’est le propre du pouvoir parlementaire.
« Le comble de l’habileté : arriver à lire l’heure sur un cadran de baromètre », disait Alphonse Allais.
Macron voudrait faire croire aux Français qu’il a tout changé pour ne rien changer à son imperium présidentiel. A ce petit jeu, il risque surtout de les convaincre qu’il faut le changer lui pour que tout change.
Jean-Michel Thenard. Éditorial du Canard Enchaîné du 21/08/2024
Oui il faut le changer lui. Le virer. Macron dégage!