L’impair affecte aussi les pères. Une étude épidémiologique de 2023 indique que le valproate de sodium, principe actif de la Dépakine, pourrait présenter des risques pour les enfants s’il a été ingéré par le père avant la conception. L’antiépileptique était déjà connu pour causer de graves troubles et malformations aux petits dont la mère a été traitée alors qu’elle était enceinte.
Le 3 août 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait écrit aux blouses blanches pour les informer de ce risque. Et, par là même, conseiller aux plus de 300 000 hommes épileptiques en France de poursuivre leur contraception les trois mois suivant l’arrêt du médoc et d’éviter les dons de sperme. Et puis… presque plus rien, si ce n’est quelques discrètes mises à jour, qui ne sont pas arrivées aux oreilles de tous les malades.
Or, en Nouvelle-Zélande dès mai 2023, en Suisse depuis mars dernier ou en Irlande en mai, les agences du médicament ont pondu des fiches précises à destination des patients. C’est même Sanofi, le labo de la Dépakine depuis 1967, qui a édité ces plaquettes d’information. C’est bon pour les patients et surtout… pour sa défense pénale ! L’entreprise française a été mise en examen, tout comme l’ANSM, pour blessures involontaires, homicides involontaires par négligence et tromperie aggravée.
Allô papa bobo
L’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac) avait, logiquement, prescrit à l’ANSM de concevoir un livret à destination de l’Hexagone. En vain. Or, regrette Marine Martin, la présidente de l’association, « beaucoup de patients chroniques traités par la Dépakine ne vont plus voir leur spécialiste.
A l’image de ce papa en Gironde qui ne consulte jamais son neurologue et se fait renouveler ses ordonnances par son généraliste. Ce malade n’a jamais reçu le courrier d’information de l’ANSM de l’été dernier ».
L’Agence assure au « Canard » qu’elle planche sur « un projet de formulaire (…), afin d’informer sur ces risques potentiels ». Sortira-t-il avant que le dispositif de dédommagement de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) ne prenne en compte les hommes ayant avalé du valproate de sodium ?
Article signé des initiales F. R.-G. et L. C. Le Canard enchaîné. 14/08/2024
Au secours, ils sont devenus fous…