… et le choix de dire.
Une terrible surprise peut en cacher une bonne : les révélations des agressions sexuelles qu’aurait commises l’abbé Pierre, longtemps personnalité préférée des Français, ont aussi dévoilé une nouvelle étape dans l’accueil des dénonciations de violences sexuelles.
Après un an d’enquête confiée à un cabinet spécialisé par Emmaüs et la Fondation Abbé-Pierre, le rapport publié le 17 juillet a causé un immense choc — et, dans l’opinion, des réactions sceptiques, voire du déni.
Mais le message puissant et unanime envoyé par l’Église, le réseau Emmaüs et la Fondation a été d’une clarté immédiate : victimes, on vous croit. Ce n’est pas un hasard.
Depuis le gigantesque travail de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église entre 2019 et 2021, des communautés catholiques déclenchent, face aux soupçons, des enquêtes indépendantes, soutenues par des historiens ou des chercheurs.
L’Arche l’a fait en 2020 à propos des agissements de son fondateur Jean Vanier et des frères Philippe ; la communauté des Béatitudes a lancé, fin 2023, une commission autonome pour enquêter sur des faits dans un internat des Vosges, il y a près de trente ans.
L’exemplarité du discours des responsables d’Emmaüs et de la Fondation Abbé-Pierre suit cette logique. Elle réaffirme, avec une caisse de résonance inouïe, qu’un homme peut être un agresseur quels que soient son charisme, sa bonté, son talent.
Que les violences sexuelles n’ont rien à voir avec la sexualité, la séduction, la grivoiserie — ni le célibat des prêtres. Que notre admiration ne peut être aveugle. Et qu’aux victimes, avant l’enquête et le passage de la justice (quand il est possible), la société peut aussi commencer par dire : on vous croit.
Juliette Bénabent. Télérama n° 3889 – 3890. 24/07/2024
Solidarité avec les courageuses victimes, qui ont certainement terriblement souffrir pour avoir le courage de parler… et se doutant du tsunami qui suivrait..
Aussi dure et incroyable que soit la révélation, elle devait intervenir.. comme sont intervenues d’autres ici et là, afin que les prédateurs sachent, quelque soit leur lien avec la victime, qu’ils n’échapperont pas à la Justice…tôt ou tard, fusse-elle divine…