Le chemin de croix budgétaire

Dans deux mois et une semaine, la nouvelle Assemblée commencera à examiner le budget de l’année prochaine. C’est en effet le 1ᵉʳ octobre, au plus tard, que le gouvernement doit déposer devant le Parlement le nouveau projet de loi de finances pour 2025. C’est dire si le calendrier s’annonce périlleux.

La tradition veut que, dès les premiers jours de juin, les 200 fonctionnaires de la Direction du budget prennent leur calculette et commencent à fixer les futures dépenses de chaque ministère pour l’année à venir. Puis débutent, à partir du mois de juillet, les négociations entre les gens de Bercy et leurs correspondants dans les cabinets chargés des questions budgétaires.

Lorsque les désaccords se multiplient entre technocrates des Finances et politiques des cabinets, les ministres eux-mêmes s’impliquent dans les discussions. À la fin de l’été, les excellences les plus obstinées font appel à l’Élysée, avec plus ou moins de succès, pour trancher leurs ultimes différents financiers avec le ministère de l’Économie.

Cette année, ces premières négociations n’ont eu lieu qu’avec deux ministères et pourront être remises en question dès la nomination du nouveau gouvernement. Quant au plan d’économies de 5 milliards applicable en 2024, qui a été notifié le 11 juillet aux membres du gouvernement démissionnaire par Bruno Le Maire, il pourra être annulé par son successeur.

Économies en suspension

Le même Le Maire avait annoncé il y a deux semaines que son ministère avait démarré ses travaux pour que le projet de budget 2025 puisse être présenté dans les temps. Il assurait qu’il « permettrait de tenir les objectifs fixés dans le programme de stabilité ».

Autrement dit, il prenait en compte les 20 milliards d’économies que la France s’est engagée à réaliser, il y a trois mois, vis-à-vis de l’Europe et de la Banque centrale européenne (BCE). Et Bercy d’ajouter : « Ce sera au prochain ministre de prendre les décisions finales. »

En moins de dix jours, les deux plus importantes agences de notation américaines, la Cour des comptes, le Fonds Monétaire International (FMI) et la BCE ont tenu à rappeler publiquement leurs inquiétudes quant aux dérives de la dette française et à l’ampleur du déficit public.

Bon courage au successeur de Bruno Le Maire, qui devra faire adopter par les députés, puis par les sénateurs, un projet de budget préparé en catastrophe.


Article non signé lu dans Le Canard Enchaîné du 24/07/2024


Une réflexion sur “Le chemin de croix budgétaire

  1. tatchou92 26/07/2024 / 9h50

    autrement dit : .. »après moi les mouches.. »

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.