Honte à Bayer

Prenez 24 lapines en attente de petits, donnez à becqueter à la moitié d’entre elles pendant vingt-trois jours de l’acide trifluoroacétique, le TFA de son petit nom.

Et observez le résultat sur la descendance : les fœtus de lapineaux et de lapinettes dont les mères ont eu droit à des rations assaisonnées de TFA sont quasiment tous à moitié aveugles, avec, en prime, les vertèbres et les côtes en vrac.

Consternation chez Bayer, le géant allemand de l’agrochimie, qui avait financé l’étude pour prouver l’innocuité d’une de ses gammes vedettes de pesticides.

Les PFAS, une famille de molécules très en vogue chez les fabricants de pesticides, sont redoutablement efficaces pour dézinguer les champignons, les mauvaises herbes ou les insectes mais ont l’inconvénient, lorsqu’ils se dégradent dans la nature, de relarguer le fameux TFA, que les toxicologues soup­çonnent depuis des années d’être une vraie cochonnerie.

Après avoir été mise au parfum des résultats de l’étude lapinesque de Bayer, l’agence allemande chargée des produits chimiques a saisi, l’année dernière, la Commission européenne afin que l’acide trifluoroacétique soit classé parmi les « substances présumées toxiques pour la reproduction humaine ».

Un vrai coup du lapin pour Bayer et tous ses copains agrochimistes. Si la demande allemande aboutit, tous les pesticides à base de PFAS risquent d’être interdits de commercialisation.

Rien qu’en France, les agriculteurs ont le choix entre une trentaine de PFAS différents, et les quantités aspergées ont plus que triplé ces treize dernières années, atteignant plus de 2 300 tonnes par an.

Pour ne rien gâcher, le TFA est, comme on dit dans le jargon, un « polluant éternel » — comprenez : une substance quasi indestructible. On en retrouve en pagaille dans la flotte.

Le réseau européen d’action contre les pesticides — un collectif d’ONG dont fait partie l’association Générations futures — a jeté un pavé dans la mare en révélant, le 10 juillet, que la quasi-totalité de l’eau du robinet (et même certaines eaux minérales) était plombée au TFA.

Et, cocorico, grâce notamment à nos céréaliers de la Beauce, l’eau potable de Paris puisée dans la Seine affiche la deuxième plus forte concentration. Il faut dire que les filtres utilisés pour purifier la flotte sont incapables de retenir le TFA.

Générations futures, qui considère que, notre santé, ce n’est pas de la peau de lapin, vient de demander à Bruxelles de calculer dare-dare la dose journalière à partir de laquelle on court un risque.

En attendant, les nageurs des JO ont intérêt à ne pas trop boire la tasse dans la Seine…


Article non signé. Le Canard Enchaîné. 17/07/2024


3 réflexions sur “Honte à Bayer

  1. raannemari 22/07/2024 / 19h04

    Pas de panique, un peu de pression de la FNSEA sur Macron, et on repartira pour un tour.

    • Libres jugements 23/07/2024 / 11h48

      C’est malheureusement presque étudié Anne-Marie.
      Amitiés. Michel

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