Hold-up immobilier sur les petits épargnants

Faire reconnaître les dommages subis par des milliers de petits épargnants délestés de dizaines de millions d’euros : c’est à cette tâche que vont s’atteler plusieurs avocats qui préparent une action de groupe visant des conseillers financiers et des organismes de crédit aux pratiques abusives.

Ces épargnants — souvent retraités ou à revenus modestes — se sont vu « garantir » de riches compléments de revenus ou de pension via un investissement dans des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI). Les sociétés en question achètent des parts d’immeubles de bureaux et de commerces et rémunèrent les épargnants en fonction des loyers encaissés.

Selon l’Aspim, association représentant les SCPI, les particuliers qui misaient sur elles obtenaient, naguère, un rendement de 4,5 % pour une mise de 75 000 euros en moyenne.

Prime et bâtiment

Pas mal ! Sauf que le vent a tourné. Et les experts financiers travaillant pour des sociétés de gestion d’immeubles, des banques ou des assurances ont peu mis en garde leurs clients contre une chute brutale. Aujourd’hui, rien qu’en Ile-de-France, 4,5 millions de mètres carrés de bureaux sont vides. Quant aux commerces, leur taux de « défaillance » (cessation d’activité) a flambé de… 50 % en 2023 !

Les épargnants voient donc les rendements fondre, et la valeur de la part de leur SCPI reculer. Leur perte, l’an dernier, a été de 5,8 %, en moyenne. Et la débandade n’est pas finie : Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet indépendant Good Value for Money, prévoit des baisses sur ces valeurs allant jusqu’à 30 % sur dix-huit mois.

Les SCPI ayant annoncé les baisses les plus fortes sont aussi les plus grosses, car elles sont gérées par de grandes banques : Crédit agricole-Amundi, BNP Paribas, Primonial (appartenant en partie à la Société générale), HSBC et Banque populaire.

Depuis une dizaine d’années, banquiers et compagnies d’assurances ont collecté une cinquantaine de milliards d’euros, investis en bureaux et en commerces, et ils recommandent avec ardeur ce placement, qui leur permet d’empocher de multiples commissions.

Il faut dire qu’ils se contentent de gérer ces fonds et n’enregistrent pas de pertes. Pour celles de leurs clients, ils n’assument aucune responsabilité. Rembourser leurs parts aux épargnants ? Pas question, les SCPI n’ont généralement pas assez de cash. Plus de 2 milliards d’euros de parts sont aujourd’hui en attente d’acheteurs.

Pour trouver des liquidités et réduire cet engorgement, les gestionnaires cèdent le patrimoine des épargnants : depuis janvier, Primonial et BNP Paribas ont vendu chacun pour 100 millions d’euros d’immeubles. Bradé, plutôt, vu l’état du marché. BNP Paribas a cédé l’immeuble Visio Défense, dans le « 9-2 », pour 16 millions : il l’avait acquis dix ans plus tôt pour 28 millions.

A Lyon, une SCPI de l’assureur Allianz s’est débarrassée pour 23,6 millions d’un bâtiment acheté 32 millions cinq ans auparavant.

Censée réguler ce milieu, l’Autorité des marchés financiers a fermé les yeux sur ces pratiques opaques et irresponsables. Super tactique du « gendarme des marchés ».


Article signé des initiales J. C. Le Canard enchaîné. 24/07/2024


2 réflexions sur “Hold-up immobilier sur les petits épargnants

  1. johner serge 06/11/2024 / 10h44

    Bonjour, ayant des parts CPI au Crédit Agricole et à Paribas, j’ai constaté effectivement une chute d’au moins 30% de la valeur des parts !
    J’aurais voulu connaître le nom des avocats après avoir lu l’article paru le dans votre blog du 24 juillet 2024, qui préparent une action de groupe visant des organismes de crédit aux pratiques abusives. Merci si vous pouvez m’aider, car je ne trouve pas sur Google ces avocats.

    • Libres jugements 06/11/2024 / 10h53

      Bonjour Serge. Malheureusement, je ne suis pas en mesure de donner plus d’explications à l’information donnée par ce journal.
      Cordialement. Michel

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