Au HCE, les égaux…

comptent moins que les egos !

Si sa présidente, Sylvie Pierre-Brossolette, a été débarquée, le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) reste miné par les conflits entre les fidèles de la direction et les salariés.

Cet épisode sidérant était passé complètement inaperçu. L’histoire illustre les dysfonctionnements qui, depuis des mois, affectent le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE).

En 2023, dans le cadre du rapport « Pornocriminalité » rendu public en septembre —, une jeune stagiaire du HCE avait dû visionner des dizaines de vidéos pornos violentes ! C’est Céline Piques, ex-présidente d’Osez le féminisme ! et coprésidente de la commission Lutte contre les violences faites aux femmes au sein du HCE, qui lui avait commandé ce travail, afin d’établir des statistiques sur la question.

« Je devais regarder puis signaler à Pharos (la plate-forme d’alerte) les films les plus hard-core mettant en scène des relations incestueuses, des viols collectifs et de très jeunes actrices », explique l’ex-stagiaire.

Au moment de remettre ses travaux à la commission, elle a fondu en larmes. « Avec 600 euros d’indemnité par mois, comment payer un psy ? » commente-t-elle. Le secrétariat général lui a alors proposé de lui rembourser sa thérapie… en achat de livres.
Pratique, pour s’offrir un Code du travail.

Meufs avec du vieux

Céline Piques assure au Volatile lui avoir proposé un accompagnement avant les visionnages. En tout cas, la jeune femme, « traumatisée », a préféré déserter les combats féministes…
Le 16 juillet, la présidente du HCE, Sylvie Pierre-Brossolette (« SPB »), accusée d’avoir créé « un environnement de travail délétère », a été limogée « dans l’intérêt du service ». Elle a laissé sa place à Bérangère Couillard, ancienne ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes éjectée à la dernière minute au profit d’Aurore Bergé lors du remaniement ministériel de janvier.
Cette même Bergé, d’ailleurs, qui l’a nommée à la tête de l’instance indépendante créée en 2013.

« Je doute qu’une macroniste accepte d’être critique du bilan de Macron, mais, au moins, elle est compétente sur le sujet de l’égalité », se rassure une familière du HCE. La nouvelle présidente, elle, affirme au « Canard » être « en capacité de critiquer ce qui n’a pas été fait et reste à faire ».

Au moins son arrivée relance-t-elle les travaux à l’arrêt depuis mai. Un article de Mediapart (4/5) mettait en cause les remarques « racistes, sexistes, stigmatisant les personnes LGBTQIA+ » de SPB. Parmi elles, les évocations d’« un lobby transsexuel qui mutile les petites filles » ou, en commentaire d’une affaire de viol: « En même temps elle s’attendait à quoi, c’est logique qu’il soit monté chez elle pour coucher ». Pile les valeurs défendues par l’instance !

Comme, en dix-huit mois, sept salariés avaient pris la fuite, les arrêts de travail s’étaient multipliés et le moral des troupes était catastrophique, l’Inspection générale des affaires sociales a, le 6 mai, diligenté une enquête.
Avant même que ses conclusions soient rendues, le bureau de SPB, tapissé de photos de ses interviews avec Mitterrand, Giscard ou encore Thatcher, a donc été vidé.

Mec plus ultra

« Bérangère Couillard pourra-t-elle déverrouiller le système mis en place par SPB ? » s’interroge une féministe. Car la plupart des coprésidents et membres du HCE n’ont pas renié leur proximité avec l’ex-membre du CSA. À l’image de Catherine Ladousse, coprésidente de la commission Parité, qui, sur X, affiche son plein soutien depuis le début de la crise.

Le 8 mai, c’est Olivier Manceron, représentant au HCE de l’assoce Femmes pour le dire, femmes pour agir, qui, le plus sérieusement du monde, déni de grait auprès du secrétariat général les « lobbys antiféministes » se « payant la tête de SPB ». Macho devant !

Un dossier envoyé par le secrétariat général du HCE au défenseur des droits le 11 juillet recense les griefs reprochés à SPB et à ses proches. Céline Piques y est décrite comme « experte et engagée », mais aussi « tyrannique ». À la suite d’une altercation avec elle sur la vision de la pornographie, le sociologue (pro-porno) Florian Vörös a claqué la porte du HCE.

Lui a succédé Xavier Alberti, membre du réseau Jamais sans elles — un groupe d’entrepreneurs engagés dans l’égalité. Les salariés avaient découvert sa signature dans une tribune du « Point » (2/11/22) où il pourfendait « le radicalisme [qui] nuit au combat féministe ». Dénonçant des « attaques infâmes » visant SPB, Alberti a, depuis, quitté le HCE.

Solidaires, eux aussi, de l’ex-présidente, les coprésidents de la commission Santé Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, et Gilles Lazimi, médecin, ont, à leur tour, pris le large. Le courant ne passait plus entre eux et les salariés de l’instance après un différend au sujet de la contraception.

Leur avis, attendu d’ici à la fin de l’année, aidera-t-il à faire avaler la pilule


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard enchaîné. 24/07/2024


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.