Inquiétante posture sociétale

Qui est antisémite, qui ne l’est pas, et quelles conséquences en tirer ?

Mise en garde dans cette période trouble : tous les articles « postés » — jusqu’au jour du 2ᵉ tour des législatives —, ne le sont-seront qu’au titre de l’information plurielle et n’engage pas l’administrateur du blog.
La sélection d’articles doit servir à éclairer, analyser les différences dans les programmes proposées par les partis se présentant. Ils devraient permettre de décanter, comprendre les affirmations de chacun engageant la France, pour les trois années prochaines. D’autre part, chacune-chacun à le devoir citoyen (dans cette ambiance délétère), de prendre position en allant voter, mais également d’inciter toutes personnes côtoyées de se rendre dans les isoloirs afin d’éviter l’abstention. L’abstention ne « profite » qu’aux candidat-es, arrivé-es en tête. MC


Le sujet divise, y compris au sein des survivants de la Shoah : Ginette Kolinka s’est démarquée de Serge Klarsfeld, qui s’était dit prêt à voter pour le RN face au Nouveau Front populaire. « Si même les Juifs se mettent du côté de l’extrême droite, on n’en finira jamais », a-t-elle déclaré ce matin sur France Info.

  • Ces questions ont-elles déjà occupé une place aussi importante en France ?
  • Leur nature a-t-elle évolué ?
  • Sont-elles purement conjoncturelles, ou le signe de réalités plus profondes ?
  • Analyse de l’essayiste et documentariste Jonathan Hayoun.

[…] Aujourd’hui, l’antisémitisme est en pleine explosion, et cette « question juive » ressurgit au centre du débat public, comme chaque fois que la République et la nation sont en crise.

Serait-elle un symptôme récurrent des moments de crise ?
Elle est en tout cas le symptôme d’une difficulté à faire société. Un voyant rouge. L’affaire Dreyfus avait éclaté alors que les alliances se redessinaient en Europe, à la suite de l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne, et sur fond de tensions croissantes en interne [le président Sadi Carnot fut assassiné par un anarchiste en 1894, année où débute l’affaire Dreyfus, ndlr]. […]

[…], toutes les grandes formations se défendent d’être antisémites, notamment La France insoumise, pointée du doigt à la fois par le RN et le camp présidentiel…
L’historienne Ludivine Bantigny [qui a déclaré avoir voté LFI en 2022, et est membre du parlement de la Nupes, ndlr] vient de publier un très long texte, cosigné par une trentaine de personnes, assurant que LFI n’était absolument pas antisémite.

À mes yeux, ce texte n’est pas satisfaisant, ne serait-ce que parce qu’il ne revient pas sur tous les propos inadmissibles qui ont été tenus, et notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon en 2020.

Lors d’une interview à BFM, il avait réactivé le vieux cliché du peuple déicide en déclarant : « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix, mais je sais que, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes qui l’y ont mis. » Il se plaçait là au cœur de l’antisémitisme en appuyant sur l’un de ses mythes fondateurs, vieux de quasiment deux mille ans.

Par ailleurs, depuis le 7 Octobre, dans cette gauche de la gauche, certains se sont autorisés à dire des choses qu’on n’avait plus entendues dans cette famille politique depuis des décennies. On pourrait accumuler les exemples.

Je ne citerai, encore, que Jean-Luc Mélenchon prétendant que la grande marche contre l’antisémitisme du 12 novembre dernier, et alors que les actes antijuifs se multipliaient, était le « rendez-vous » des « amis du soutien inconditionnel au massacre » à Gaza – une façon de criminaliser la lutte contre l’antisémitisme.

Ou le député David Guiraud, publiant sur X une allusion aux dragons célestes, qui est un signe de ralliement bien connu à l’antisémitisme [face aux réactions indignées, il a depuis retiré son tweet, ndlr]. […]

De son côté, le Rassemblement national jure, la main sur le cœur, avoir fait table rase de son passé antisémite, au point que Serge Klarsfeld se dit prêt à voter pour lui en cas de duel au deuxième tour entre un candidat RN et un candidat du Nouveau Front populaire…
[…] Il y a encore cinq ans, pour notre livre La Main du diable (coécrit avec Judith Cohen Solal, éd. Grasset), je l’avais interviewé et il avait été très clair : il expliquait alors que l’extrême droite voulait attraper des Juifs pour atteindre une certaine respectabilité. À ce moment-là, il ne tombait pas dans le panneau. Il rappelait même que, dans les années 1930, certains Juifs avaient voté pour le parti nazi par peur du bolchevisme et par souci de l’ordre et de la sécurité, malgré les campagnes antisémites.

Que s’est-il passé ? Je ne sais pas. Visiblement, il se contente des grandes déclarations médiatiques des leaders du RN sans voir ce que disent les seconds couteaux, ou même les électeurs – car toutes les études montrent que c’est parmi ceux de l’extrême droite que se trouvent le plus grand nombre de préjugés.
[…]

Faut-il désespérer de la situation actuelle ?
Pas forcément. Le fait que la question de l’antisémitisme soit si présente, et même si cela peut encourager les haines à s’exprimer encore plus ouvertement, pousse aussi tout le monde à clarifier sa position. Cela va permettre aux grands partis politiques de mettre sur le côté celles et ceux qui se seront laissés aller à des propos pour le moins ambigus, ou pire antisémites, sous quelque masque que ce soit. […]


Valérie Lehoux. Télérama (Courts extraits – voir le texte intégral en suivant le Lien). N° 3885. 26/06/2024


Une réflexion sur “Inquiétante posture sociétale

  1. bernarddominik 27/06/2024 / 11h32

    Ne pas approuver la politique israélienne vis à vis des palestiniens c’est être antisémite. Alors discuter sur ce sujet c’est perdre son temps. Bientôt on nous dira que tout non juif est antisémite.

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