Au terme de plus de 80 heures d’auditions, conclues par un bras de fer avec les députés du camp présidentiel, le député insoumis Aurélien Saintoul s’apprête à rendre publiques ses propositions pour réformer l’attribution et le contrôle des fréquences hertziennes.
Après avoir menacé de voter contre le rapport, si dix-neuf propositions n’étaient pas retirées, les député-e-s du camp présidentiel membres de la commission d’enquête sur l’attribution et le contrôle des fréquences de la TNT ont finalement adopté, mardi 7 mai 2024, le rapport rédigé par le député insoumis Aurélien Saintoul. […]
- En octobre dernier, votre groupe parlementaire a fait usage de son droit de tirage annuel pour obtenir la création de la commission d’enquête sur la TNT. Quels objectifs poursuiviez-vous à ce moment-là ?
Aurélien Saintoul : Le premier objectif, et il est pleinement atteint à mon sens, était d’abord d’éviter que la procédure de renouvellement des fréquences TNT – lancée cette année par l’Arcom, elle concerne quinze canaux hertziens, notamment ceux occupés par les chaînes du groupe Canal+ et TF1 – passe pour une formalité.
Tout le monde semble considérer que la libéralisation de l’audiovisuel, consacrée en 1986 par la loi sur la liberté de communication, est indépassable. Personne ne s’interroge sur les effets qu’elle produit sur l’information et la qualité des programmes.
Il fallait donc rappeler que les groupes audiovisuels privés ne sont pas propriétaires de leur fréquence, ont des obligations à l’égard du public, elles-mêmes motivées par l’intérêt général.
Et puis, il y a un point de départ plus personnel, tiré de mon expérience d’enseignant. Tout ce qu’on nous demande de faire quand on est prof, tout ce que l’institution scolaire attend de nous et nous demande de transmettre aux élèves, est en permanence contrebattu par la télévision. La préférence pour la complexité, les valeurs de désintéressement et de patience sont loin d’être les principes cardinaux qui régissent la télé aujourd’hui. Par ailleurs, comment voulez-vous lutter contre le harcèlement scolaire, quand vous avez des ministres qui défilent chez un harceleur notoire (1) dont l’un des jeux favoris est de mettre des nouilles dans le caleçon de ses chroniqueurs ?
- Vous assumiez dès le départ vouloir agir contre le détournement des règles par les médias Bolloré et l’incapacité de l’Arcom à faire cesser ces dérives. Après avoir auditionné cent soixante-cinq personnes, vos intuitions se sont-elles confirmées ?
Cette commission d’enquête a réussi à montrer, au-delà de tout doute possible, que le projet des médias Bolloré était bien politique et idéologique. En réalité, la totalité des acteurs et observateurs que nous avons auditionnés, hormis ceux qui font partie du groupe Canal+, ont abondé dans ce sens.
Je considère l’audition de Patrick Eveno comme l’un des moments les plus importants de la commission d’enquête.
L’économiste des médias, plutôt de droite et pro-marché, s’est livré à une charge féroce contre Vincent Bolloré – celui-ci a affirmé au sujet du déficit chronique dont souffrent les médias du milliardaire breton qu’il ne s’agissait pas « d’un problème économique, mais d’un problème de prise en main idéologique. Un actionnaire ordinaire aurait fermé depuis longtemps ces puits sans fond. Mais peut-être ne sont-ils pas sans fond d’un point de vue idéologique et qu’ils permettent de favoriser une certaine idéologie ».
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J’ai pris l’habitude de dire que les médias Bolloré ont cassé le jouet. La décision du Conseil d’État, qui demande à l’Arcom de tenir compte de l’ensemble des participants des émissions télé, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités pour évaluer le respect du pluralisme, le montre très bien. Le système CNews et C8 repose sur la transgression, le contournement quasi systématique des règles et la mise devant le fait accompli.
Je suis un critique modéré de l’Arcom. Je considère que le travail de régulation n’a pas été suffisamment fait, parfois par mauvaise volonté, mais aussi en raison de certains obstacles objectifs.
La jurisprudence qui s’est installée n’était clairement pas adéquate aux besoins, de la même façon que les sanctions infligées par l’Arcom ne sont pas assez dissuasives. J’ai justement formulé des propositions visant à conforter la position de l’autorité indépendante, et à renforcer ses prérogatives afin de lui permettre d’aller au bout de son travail de régulation.
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Une partie de la gauche croyait naïvement que l’éthique démocratique primerait sur des considérations de classe, ou de défense des intérêts des plus riches et des grands groupes, voire des intérêts électoraux. Il n’en est rien.
Vous avez Karl Olive, député Renaissance, qui va chez Cyril Hanouna après son audition pour le légitimer, Quentin Bataillon qui s’y rend aussi pour lui donner un satisfecit, les ministres donnent des interviews au JDD et valident leur stratégie éditoriale, et enfin Emmanuel Macron qui se met d’accord en secret avec Bolloré.
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- En dehors de cela, quels sont les autres défaillances et points d’amélioration du système actuel, que vous avez identifiés et que vous proposez de réformer ?
De mon point de vue, il y a un problème sur la représentation de la société à la télévision. Le décalage de la représentation femme-homme, que la société accepte tout de même de regarder, est relativement traité.
En revanche, le sujet de la représentation sociale est, quant à lui, totalement oublié. Aujourd’hui, les classes populaires sont sous-représentées et quand elles le sont, se trouvent souvent ridiculisées, humiliées, minorisées, et décrites comme dangereuses, dans les programmes d’information comme dans ceux de fiction.
[…] Au risque de scier la branche sur laquelle je suis assis, le rapport que j’ai produit n’est pas révolutionnaire, c’est un rapport de réformes. Je n’ai pas écrit que je voulais saboter le système.
Yunnes Abzouz. Médiapart. Source (Courts Extraits)
- Cyril Hanouna
C’est certes insuffisant mais mieux que rien.
Je connais Aurélien SAINTOUL, qui est Député de notre circonscription, qui a pour suppléante la 1ère adjointe de notre ville… Lors des législatives précédentes, c’était le même tandem, en ordre inversé… (no comment !)
Je préfère l’Aurélien de ce texte, à celui qui s’est fait remarquer lors d’un bazar monstre à l’Assemblée Nationale, généré par les Insoumis, en tenant des propos que nous aurions préférer ne pas entendre, ni voir. La démocratie « en a pris un coup » ce jour là…