Une vraie bonne nouvelle

Prendre soin des gens, ça rapporte !

Une des plus grandes erreurs de la politique de santé aura été la tarification à l’acte (T2A). Fondée sur une profonde suspicion à l’égard du corps soignant, cette logique « incite » infirmières et médecins à accomplir toujours plus de soins codifiés, ce qui alimente d’ailleurs une invraisemblable bureaucratie afin d’enregistrer chaque truc.

Dans le cas des infirmières libérales, ces femmes à deux ou quatre roues qui sillonnent banlieues et campagnes pour soigner nos vieux, la rémunération à la piquouse pouvait cependant sembler logique : il fallait payer Juliette pour chacune de ses visites, et sûrement pas la payer à l’heure, sinon elle aurait tapé le carton avec Robert tout l’après-midi.

Eh bien, la réalité démontre le contraire. Dans le Gard, depuis quatre ans, des infirmiers libéraux sont payés à l’heure (54 euros brut), comme de vulgaires salariés, pouah ! Le premier résultat, c’est que les soignants, connaissant avec certitude leur revenu mensuel, sont détendus, sereins. Comme le dit l’un d’eux, interrogé par France 3 Occitanie : « On ne pense qu’au soin, à l’action de soin, et pas à ce qu’on pourrait coter ou ce qui est mal rémunéré. »

Ils sont donc plus à l’écoute de leurs malades, qui notent tous leur différence d’attitude, et donc les soins sont meilleurs. Résultat, tout le monde va mieux ! Mais, sûrement, ce progrès humains’accompagne-t-il de dépenses accrues pour la collectivité ? Eh bien non, notamment parce que, mieux soignées, ces personnes souvent âgées et isolées se retrouvent moins fréquemment aux urgences.

Cette idée est due au collectif Soignons Humain, qui l’a soumise à la Caisse nationale d’assurance-maladie, qui l’ex­périmente depuis dans plusieurs endroits. Elle s’inspire d’une expérience, dite Buurtzorg (« soins de quartier »), menée dès 2007 aux Pays-Bas.

La logique est d’organiser le travail de façon collective, chaque petite équipe de soignants, quatre ou cinq personnes, étant responsable de l’ensemble de la santé physique et mentale des soignés, en privilégiant la qualité du soin et des relations humaines, dans l’objectif de rendre les malades le plus autonomes possible. Et les résultats sont là : de meilleurs soins et moins de dépenses !

Ce résultat d’une meilleure qualité de vie et de coûts plus bas lorsque l’on prend mieux soin des personnes qui soignent, plutôt qu’en leur mettant un pistolet sur la tempe, sera contre-intuitif pour le con moyen, l’énarque moyen et l’économiste moyen. Il découle du postulat retenu : pensez-vous que, en moyenne, les gens aiment bien faire leur travail et qu’il faut donc les mettre dans les meilleures conditions possibles pour l’effectuer ? Ou pensez-vous que, en général, les travailleurs sont des tire-au-flanc qu’il faut fouetter ?

On connaît la réponse du gouvernement actuel à cette question, mais aussi des précédents, qui est la même que celle de la plupart des patrons et des chefs de service dans l’administration. Contrôlons les médecins, les fonctionnaires, les chômeurs, et tout ira mieux. Sauf qu’on observe le contraire : plus on contrôle, moins bien les choses sont faites, et plus cela coûte aux individus, aux entreprises, à la collectivité. Pourquoi ? Parce que leur postulat de départ est faux.

À l’inverse, traiter humainement les gens fait gagner sur tous les fronts. Ainsi, l’expérience « logement d’abord », venue elle aussi des pays nordiques, a montré que loger et soigner gratuitement des personnes vivant à la rue permettait de faire des économies de soins, de police et de justice, car ces personnes, enfin respectées et considérées, prenaient davantage soin d’elles, se droguaient moins, buvaient moins, suivaient mieux leurs traitements médicaux, etc.

Donc, pour être clair : humanité, solidarité et efficacité vont ensemble. Vous cherchiez les principes fondateurs d’un programme économique et social progressiste ? Vous les avez.


Gilles Raveaud. Charlie Hebdo. 17/04/2024


2 réflexions sur “Une vraie bonne nouvelle

  1. tatchou92 21/04/2024 / 22h47

    J’ai été infirmière pendant plus de 20 ans, j’ai adoré mon boulot : à l’hôpital en province, en clinique en arrivant en région parisienne, puis j’ai réintégré l’administration, j’ai alors dirigé un service de soins à domicile, en travaillant en doublette avec chaque collègue pour connaitre chaque personne prise en charge et son entourage, repérer les difficultés.., j’ avais mis en place des cahiers de transmissions utiles pour l’ensemble des intervenants, médecin, kiné, pédicure, aide soignant, agent d’entretien, famille inclus… puis gestionnaire de l’ensemble des services aux Personnes âgées de ma ville, avec en plus, la gestion des repas à domicile et à la RPA, les aides-ménagères, les transports adaptés, les activités culturelles, et les séries de repas conviviaux de Nöel, Paques..

    J’ai ainsi travaillé avec l’ensemble des infirmiers libéraux, des kinés, des assistantes sociales, et nous avions formé une belle équipe de coordination, efficace et solidaire pour ne laisser personne sans réponse. Aujourd’hui nous sommes tous retraités

    Puis, je me suis retrouvée à ma demande, à la DRH, adjointe chargée des questions de santé du personnel (on ne se refait pas..), un beau travail d’équipe avec le médecin du travail, l’assistante sociale du personnel, le CHSCT, les campagnes de vaccinations H1N1, antigrippe, mise à jour des vaccins obligatoires pour certaines professions, les visites d’ateliers, de services, les enquêtes après accidents ou incidents graves de travail, les dotations vestimentaires et équipements de sécurité..

    Au total, le soin c’est d’abord de la prévention, de l’attention et de la bienveillance.

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