« Il n’est pas question de participer au concours Lépine des mesures d’économies », a lancé le Premier ministre, avant d’ajouter : « Il y a une méthode, il y a un calendrier ! »
Le calendrier, il ne le connaît que trop, même s’il s’en défend, et il tient en deux dates, qui ne s’annoncent pas comme des parties de plaisir. La première, celle du verdict redouté des agences de notation, se situe entre mi-avril et mi-mai. La seconde, plus redoutable encore, est le 9 juin et est, bien sûr, celle des européennes, où chaque jour qui passe donne à la Macronie des sondages qui la placent plus loin derrière l’extrême droite.
Et, entre ces deux dates, il va falloir à l’exécutif en général, et à Attal et à « son » ministre des Finances Le Maire en particulier, trouver du solide et du concret en matière d’économies sur les dépenses publiques. Et annoncer de quoi économiser 20 milliards d’euros en 2025. Sous peine de sanctions en cascade des agences de notation, de Bruxelles et des marchés financiers. Ce qui n’arrangerait évidemment pas les élections dans la foulée.
Quant à la « méthode », s’il y en a bien une, elle n’est pas d’une franche clarté. Elle n’est, en tout cas, pas comprise par tout le monde de la même façon en Macronie. Et elle divise au sein même du gouvernement, notamment Matignon et Bercy, dont les tenanciers ont plus que des divergences de vues en matière de recours à la fiscalité.
Attal, après s’être enhardi à avancer qu’il n’avait « pas de tabous » sur la question, n’est pas allé jusqu’à prononcer les vilains mots de « hausse d’impôts ». Il a parlé de « taxation des rentes », tout en limitant le contour des rentes en question à des « opérations de rachat d’actions menées par des grands groupes » dans le but de faire grimper leur cours ou à des entreprises « qui font du profit et du bénéfice à travers l’inflation ».
Tandis que Le Maire considère, en le toisant, ce rabotage éventuel de rentes comme une hausse d’impôts qui ne dit pas son nom. Ce qui n’empêche pas les deux de répéter qu’il ne s’agit que de « nuances » et qu’il n’y a entre eux pas même l’épaisseur d’une déclaration de revenus de divergences.
Difficile pour Le Maire d’en dire autant de ses relations avec Macron depuis l’annonce du déficit à 5,5 % du PIB, au lieu des 4,9 % escomptés. Le second accusant le premier, sinon d’être un peu comptable de ce dérapage, d’en rajouter sur l’état désastreux des finances publiques et, en créant un climat anxiogène, d’affoler les populations, tout en énervant les oppositions. Dont celle de LR avec sa motion de censure. Pas question, donc, pour Macron de lui en fournir l’occasion avec une loi budgétaire au 49.3 préconisée par Le Maire ; il n’y aura pas de projet de loi de finances rectificative.
Ces tensions ajoutées aux turbulences provoquées par l’annonce d’un durcissement des règles d’indemnisation du chômage, dont Attal dit qu’« il ne s’agit pas d’une réforme d’économies, mais d’une réforme d’activité et de prospérité », ne contribuent guère à améliorer la clarté de la « méthode ». Et ont plutôt tendance à relancer le « concours Lépine des mesures d’économies ».
D’où l’énervement de l’Élysée à l’encontre de Le Maire et de ses idées d’économies lancées à tout-va dans les médias sans qu’elles soient arbitrées. « Il ne faut pas que ce soit la foire à la saucisse », a même pesté Macron. Ce ne serait certes pas bien, mais il ne faudrait pas non plus que tout cela finisse en eau de boudin.
Erik Emptaz. Éditorial. Le Canard enchaîné. 10/04/2024
Cela ne ressemble guère à une équipe soudée, solidaire… Y aurait-il panique à bord ?