« Des enfants meurent de faim et de déshydratation à Gaza »…

le constat glaçant de Jonathan Crickx, porte-parole de l’Unicef Palestine

Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) voit ainsi ses pires craintes confirmées. Dans un rapport publié le 3 mars, l’organisation sonne de nouveau l’alarme et appelle à un sursaut international pour éviter une famine généralisée, dont les enfants sont d’ores et déjà les premiers à payer le prix. […]


Jonathan Crickx : Des rapports nous parviennent depuis une semaine, indiquant qu’une quinzaine d’enfants sont morts de malnutrition et de déshydratation, en particulier dans le nord de la bande de Gaza. D’autres sont en train de mourir et notre grande inquiétude est que leur nombre aille croissant.

C’est absolument tragique, mais ce n’est pas une surprise car cela fait plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, que l’Unicef, mais aussi le Programme alimentaire mondial, l’Organisation mondiale de la santé, alertent sur la crise alimentaire dans la bande de Gaza, où la nourriture est en quantité insuffisante. Nous réaffirmons aujourd’hui que cette situation, si elle dure, va amener à court terme à la mort, par la faim, de plusieurs dizaines d’autres enfants.

L’Unicef a fait des relevés (screenings), en janvier et février 2024, pour mesurer le diamètre des bras des enfants. Dans le Sud, les données collectées indiquent que 5 % des enfants sont victimes de malnutrition sévère ; dans le Nord, où l’aide humanitaire est quasi inexistante, ils sont 15 %, soit un enfant sur six. Au-delà de ces décès, la malnutrition sévère cause des dégâts irréversibles sur la santé des enfants en bas, en affectant notamment leur croissance et leur développement cognitif.

  • Comment les civils font-ils face à cette situation dans la bande de Gaza ?

J.C. Il y a un mois, j’étais à Rafah, dans le Sud, où sont rassemblées environ 1,4 million de personnes. J’ai pu voir de près les très longues files composées de plusieurs centaines de personnes, attendant pour quelques boîtes de conserve contenues dans les colis d’aide humanitaire. J’ai rencontré des familles survivant sous des tentes, construites avec les moyens du bord, qui ne peuvent souvent se permettre plus d’un repas par jour.

Elles sont confrontées à un problème de manque de nourriture mais aussi à son absence de diversité. Selon nos enquêtes, la plupart des familles se nourrissent principalement de farine de blé, qu’elles utilisent pour faire du pain et de riz, et c’est à peu près tout. Pas de légumes, pas de fruits, pas de viande, ou en tout cas très peu. Dans les toutes petites échoppes que j’ai pu observer sur place, les quantités sont dérisoires, avec parfois seulement quatre ou cinq oranges dans les présentoirs, à des prix inaccessibles pour la majorité de la population.

À la malnutrition s’ajoute la déshydratation. La production d’eau dans la bande de Gaza, qui était déjà un véritable problème avant cette escalade des hostilités, équivaut aujourd’hui à environ 10 % de la production habituelle. Dans le Sud, les personnes déplacées arrivées ces dernières semaines à Rafah disposent d’une bouteille d’eau de 1,5 litre par personne et par jour. Cette ration est censée remplir tous leurs besoins : boire, cuisiner, se laver.

Ainsi, une mère qui vient d’avoir un bébé doit chaque jour choisir entre s’hydrater pour allaiter ou pour faire un biberon —, même si le lait en poudre atteint des prix records —, cuisiner, mais aussi pour assurer l’hygiène de leurs enfants. Un litre et demi pour tout ça. Les conséquences en termes de déshydratation mais aussi en termes de santé sont redoutables car il faut savoir qu’une grande partie de l’eau disponible n’est pas une eau propre à la consommation.

  • Qu’est-ce qui empêche un acheminement normal de l’aide humanitaire ?

J.C. Il y a quatre problèmes majeurs.

  1. La sécurité des équipes qui acheminent l’aide alimentaire dans une zone de conflit armé, où les bombardements sont omniprésents.
  2. Problème est le défaut d’accès aux populations, en particulier aux civils restés dans le Nord de la bande de Gaza. Cet accès nécessite des autorisations qui ne sont pas toujours octroyées.
  3. Le troisième problème est celui des communications. Réseaux de téléphonie sont très souvent dysfonctionnels. Or ils sont indispensables. Pour livrer des médicaments dans un hôpital, l’Unicef et ses partenaires doivent assurer un travail de coordination, par téléphone, pour fixer les rendez-vous, déterminer les besoins, les capacités de stockage… Quand le réseau téléphonique ne fonctionne pas, comment fait-on ?
  4. Le nombre insuffisant de camions pour effectuer ces livraisons, mais aussi aux problèmes d’acheminement du fuel dans l’enclave.

Le cœur de notre plaidoyer consiste à demander que l’ensemble des conditions soient réunies pour que l’aide humanitaire puisse être distribuée à l’intérieur de la bande de Gaza, à l’échelle, de manière sûre et partout où les populations en ont besoin.

Il est particulièrement vital que cette aide puisse atteindre les enfants.


Hayet Kechit. Le quotidien « L’Humanité » 08/03/2024. Source (Extraits)


Note : lorsque des civils innocents de tous âges meurent, qu’importe le camp, qu’importe celui qui a commencé, que valent les paroles guerrières des gouvernants pour celles et ceux que l’on enterre ou qui meurent à petit feu par malnutrition.

Le gouvernement israélien, depuis quelques semaines, procède dans cette bande de Gaza à un génocide organisé. Dans le même temps, beaucoup d’État et la population mondiale sont indifférents. Il est vrai, hélas, que bien d’autres conflits majeurs dans le monde existent sans qu’aucun peuple n’interpelle ses gouvernants. MC


3 réflexions sur “« Des enfants meurent de faim et de déshydratation à Gaza »…

  1. raannemari 09/03/2024 / 19h11

    Il y a 75 ans que la plupart des pays du monde sont indifférent au sort des habitants de la Palestine, et le génocide en cours ne semble pas changer la donne.
    HONTE à nous.

    • bernarddominik 09/03/2024 / 21h04

      Tout à fait d’accord avec vous. On se sent impuissant face à cette mécanique infernale mise en place par le likoud avec l’aval des usa.

  2. tatchou92 10/03/2024 / 22h01

    La passivité de notre pays et de tous ses partenaires ne peut pas nous laisser de marbre devant ce génocide, « il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures ».
    Ce sont les enfants et leurs mamans qui sont assassinés, ce sont les médecins, les journalistes…
    Allons nous supporter encore longtemps le manque de réaction, qui tranche avec la cérémonie d’hommage envers les victimes israéliennes…

    Je ne peux m’empêcher de faire un lien, même s’il est malvenu, avec les paroles du Pape François appelant les Ukrainiens à hisser le drapeau blanc…

    Excusez-moi, j’étouffe.

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