De 1954 à 2024…

… 70 ans sans réelles évolutions. L’Abbé Pierre doit maudire le libéralisme

330 00 sans-abri, plus du double par rapport à 2012. 8 000 personnes refusées chaque soir par le 115 en novembre dernier, dont 2 400 mineurs. 4,2 millions de mal-logés et 2,6 millions de demandeurs de logements sociaux…

Les chiffres livrés par le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre (FAP) sont on ne peut plus éloquents : « La bombe sociale du logement a explosé. » Et la Macronie n’y est pas pour rien.

Alors que l’exécutif ne compte toujours pas de ministre de plein exercice, son bilan est catastrophique avec, en 2023, 15 milliards de moins par an consacrés au logement par rapport à 2010. Gabriel Attal a beau se gargariser de la construction de « 30 000 nouveaux logements d’ici trois ans », « l’an passé seulement 82 000 logements sociaux ont été financés, contre 125 000 en 2017, au début du premier quinquennat », rappelle le délégué général de la FAP Christophe Robert.

Et ce, alors qu’il en faudrait 150 000 par an pour résorber la pénurie. Pire, 70 ans après l’appel de l’Abbé Pierre à l’hiver 1954, le nouveau premier ministre s’attaque à la loi SRU qui imposait aux communes 25 % de logements sociaux, minant un peu plus l’accès à un toit des classes moyennes et populaires.

Le tout avec une foi invincible dans la loi du marché. Car, au fond pour le gouvernement : peu importe la misère pourvu qu’il y ait le profit

Le 1ᵉʳ février 1954, l’abbé Pierre lancait son célèbre appel sur les ondes de Radio Luxembourg, créant ce qu’on appellera « l’insurrection de la bonté ». Avec le mouvement Emmaüs, il poursuivra cette œuvre.

« Monsieur le ministre, un petit bébé est mort de froid à Neuilly-Plaisance, dans la nuit du 3 au 4 janvier, pendant le discours où vous refusiez les crédits aux cités d’urgence. C’est jeudi à 14 heures qu’on va l’enterrer. Pensez à lui. Ce serait bien si vous veniez parmi nous à cette heure-là… » Cette lettre ouverte, toute de colère, l’abbé Pierre l’écrit le 4 janvier 1954, à Maurice Lemaire, ministre de la Reconstruction et du Logement du gouvernement Laniel. Le ministre sera présent à l’enterrement. C’est que, à l’hiver 1954, un air glacial balaye la France tuant 100 personnes sans domicile. À Paris, tandis que l’on tente de mettre à l’abri les sans-logis et familles entières à la rue, d’autres patinent sur les lacs du bois de Boulogne…


5 réflexions sur “De 1954 à 2024…

  1. bernarddominik 02/02/2024 / 17h44

    Il y a tout de mêmes quelques évolutions: l’encadrement des loyers, le raccourcissement à 1 mois du préavis pour le locataire, la possibilité pour le maire de réquisitionner les logements vacants, l’impôt sur les logements vacants pour inciter les propriétaires à louer, le droit au logement.
    Dire que rien n’a changé est dont absurde.
    Pour inciter à louer il faut sécuriser le propriétaire, or on oblige les propriétaires à rénover en les obligeant à reloger le locataire, pour les petits propriétaires c’est impossible, de même il faut passer par la justice pour régler un problème de non paiement des loyers ou de dégradation des locaux, tout gn rendant le propriétaire responsable de la dégradation. Et toutes les associations de défense des locataires sont opposées à la modification de ces aberrations. Du coup les propriétaires sont très exigeants en matière de garanties et de choix. Mon locataire a un chien, son chien a détruit tout le jardin attenant à la maison, le prochain bail sera meublé avec une seule chaise, ce qui permettra d’exclure les chiens.

    • Libres jugements 03/02/2024 / 11h55

      Ah, bon… des évolutions !

      Oui, les bidons villes ne sont plus dans les ex-fossés des fortifs de la ceinture parisienne ou à Nanterre, ils sont dans Paris. Oui l’évolution, c’est le nombre de logements insalubres loués malgré tout par des propriétaires indélicats ne pensant que rentrées financières pour leurs gueules. Certes, c’est peu voyant dans la ruralité et encore beaucoup moins lorsqu’on crèche dans le Midi des gens aisés, mais autour des villes préfectures, le nombre de personnes dormant dans la rue est toujours de trop surtout lorsque l’on sait qu’à l’autre bout des personnes se gobergent sans vergogne.
      Pour exemple. Pour des raisons de santé et mobilité défaillantes, nous avons depuis quelques mois une auxiliaire de vie (femme seule une fille lycéenne à charge) passe 2 h par semaine pour faire un ménage. Je rappelle que nous sommes en ruralité (peu de moyens de transports inter-villages, obligation d’avoir une voiture). Ses prestations l’amènent auprès de 20 « clients dans différents lieux de villages et inter-villages (dont les frais de déplacement sont forfaitaires) en faisant 50 h par semaine gagne 1600€ net indemnité transport compris. Mais le pire, hébergée dans un ex-logement de fonction d’une très ancienne gare (le réseau ferroviaire 07 désaffecté depuis une 50ᵉ d’année) racheté par la Mairie est non seulement une passoire thermique, mais les murs extérieurs pourrissent de salpêtre, les fenêtres ferment mal et sont en vitrages simples, et la Mairie n’obtenant, pour le moment (cela fait 4 ans que ça dur), aucune aide ne peut dégager de budget pour l’ensemble du bâtiment. Au résultat l’aide ménagère après plusieurs recherches d’appartements à louer à l’année dans des lieux autour de son travail, ne trouve aucune possibilité de logement autre que ce gourbi. Il faut dire aussi que les appartements vacants sont réservés pour les estivants très présents dans notre région.

  2. tatchou92 05/02/2024 / 0h08

    Oui, il y a encore trop de personnes à la rue, sans abri, mal logées, ou qui paient des loyers exorbitants pour une pièce sans grand confort, toilette commune sur le palier et qui sont inscrits en liste d’attente d’attribution d’un logement social qui ne se libère pas.. et qui ont faim.
    Il existe ou existait pourtant une obligation pour les communes de construire des logements sociaux dans un minimum de 25% du total du parc de la commune. Mais certaines préféraient payer des pénalités plutôt que de construire et d’accueillir : « pas de çà chez nous ! » ce sont les contribuables de leurs villes qui ont casqué…
    A l’inverse, Ma ville de résidence depuis 1996 compte pour sa part plus de 60% de logements sociaux.. et construit maintenant des appartements en accession pour libérer et inverser la tendance : un logement pour tous !

  3. tatchou92 05/02/2024 / 22h07

    Permettez moi de revenir : j’ai assisté cet après midi à la projection du très beau film de Robert Guédiguian « ET LA FETE CONTINUE ! » tourné en hommage aux malheureuses victimes des tragédies du logement marseillais.. un film militant pour le droit au logement salubre…

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