Surprise ! Les fleuves et rivières vivent.
Et gonflent leurs eaux quand il leur en vient la fantaisie. Crues de la Loire en 1846, 1856, 1866, 1980. Du Rhône en 1856, de la Garonne en 1875, de Paris en 1910. Des villes comme Blois, Tours, Orléans sont dévastées. Sur le Rhône, Lyon, Avignon, Tarascon sont sous les eaux. L’inondation est simplement inévitable.
Et parce qu’elle est consubstantielle au bon fonctionnement des écosystèmes, il faut à toute force s’en souvenir. Mais on oublie.
Ce qui change, c’est le déferlement. Depuis 1986, le département de la Haute-Saône a connu plus de 4 000 arrêtés de catastrophe naturelle pour inondation (1). Le Pas-de-Calais, tellement meurtri depuis novembre, en a signé « seulement » 3641. Selon des chiffres officiels, pas moins de 6 Français sur 10 vivent sous la menace d’aléas climatiques, au premier rang desquels les inondations (2).
Commençons par un petit cours d’école primaire. La terre est une éponge. La clé du phénomène, c’est le sol. On distingue d’une part les submersions marines le long des côtes, et d’autre part la surabondance des pluies. Dans ce dernier cas, les sols ne peuvent plus absorber une goutte, et les nappes alluviales remontent, forçant les rivières à occuper leur lit majeur, et au-delà.
En résumé, si le sol laisse pénétrer l’eau, c’est une bénédiction, car il la restitue au moment où les écosystèmes en ont besoin, par exemple pendant les sécheresses.
Mais si elle stagne et s’accumule, elle finit par ruisseler et file en direction des rivières, qui débordent. Et voilà toute l’affaire. Des nuées d’irresponsables administratifs et politiques ont rendu des centaines de milliers d’hectares imperméables. En laissant construire dans des zones inondables et en bétonnant sous la forme de parkings, de routes, de places minérales, de trottoirs idem.
Ce qu’on appelle « artificialisation » est une folie ordinaire, que nos petits maîtres ne sont pas même capables de quantifier. En effet, selon les sources, la France perdrait entre 16 000 et 61 000 ha par an à cause de l’artificialisation (3). C’est plus que partout en Europe, et le phénomène augmente plus vite que la population. Il y a donc des causes françaises.
Ne pas croire qu’on ne fout rien, ce serait mal connaître le labyrinthe de nos affaires publiques. On lit en effet dans la loi climat et résilience de 2021 : « Le rythme d’artificialisation devra être divisé par deux d’ici à 2030. Le zéro artificialisation nette devra être atteint d’ici à 2050. Cette mesure sera appliquée par l’ensemble des collectivités territoriales. »
Zéro « artificialisation nette », c’est-à-dire ZAN pour les intimes. Est-ce acceptable pour ceux qui ont créé le bordel du nord au sud, de l’est à l’ouest ? On se doute que non. En juin dernier, les députés ont voté comme un seul homme – quatre voix contre – une proposition de loi sénatoriale qui entend donner du mou aux communes rurales et parle de « compensation » par « renaturation » d’ici à 2050.
Traduction : on construit, et puis on crée par quelques miracles une zone « renaturée » ailleurs. Les élus s’en cognent, car ils ne seront plus là pour rendre compte du désastre inévitable. Et en attendant, c’est une aubaine pour le BTP et les petites affaires entre amis. Comment résister à l’attrait des lotissements, des grands projets inutiles, dès infrastructures autoroutières, des zones artisanales et industrielles, des hypermarchés, de la laideur enfin ?
Un élu national entend même aller beaucoup plus loin. L’inénarrable Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, refuse en effet d’appliquer une loi française. En septembre passé, applaudi devant les élus de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), il déclarait : « Les décisions prises par la technocratie, je dis stop. Notre région se retire donc du processus et on demande à la ministre de revoir sa copie. » Un autre que lui serait poursuivi, et se retrouverait coincé chez lui avec un bracelet électronique. Mais qui sommes-nous pour juger un tel visionnaire ?
Fabrice Nicolino. Charlie hebdo. 19/01/2024
Nos élus sont soit vendus soit irresponsables. Dans ma vallée, si le même volume de pluies qu’en janvier 1978 se produit, ce sera une énorme catastrophe, des lotissements ont été construit aux bords de la rivière (Huveaune) des champs autrefois labourés et inondables ont été transformes en ZI.
Solidaire.
La maison neuve d’amis Franciliens partis en Charente Maritime avait été inondée il y a quelques années, ils s’étaient réfugiés à l’étage…