Mais que fait-il ?

Ministre de l’Agriculture (et de la souveraineté alimentaire… quel programme !), un fantôme parmi les spectres macronistes ?

Pour cause de lumière prise par Attal, le discret, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire en poste, fait ce qu’il peut pour exister dans la crise qui secoue ces derniers jours le monde agricole.

1 CRISE

On ne peut pas dire qu’il n’a pas senti monter le ras-le-bol. « II y a un effet de trop-plein contre les normes, un coup, c’est la flotte, un autre, la biodiversité, un autre, l’Europe, relatait en privé Marc Fesneau il y a quelques semaines. Les agriculteurs voient le monde qui bascule, les impacts de la guerre, du climat, les marchés internationaux perturbés…» Pourtant, il n’a pas réussi à porter médiatiquement le sujet Ses amis espèrent qu’il va se révéler dans la crise. Sur RTL, Fesneau a commencé à attaquer le RN, qui tente de récupérer la colère des agriculteurs : « Je suis content que Jordan Bardella découvre ce que c’est que des bottes. »

2 BEAUCE

Fils d’un exploitant agricole, Fesneau a entamé sa carrière à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher, en charge des fonds européens. Élu du département, il a aussi été maire pendant près de dix ans de Marchenoir, une commune située au beau milieu de la Beauce, où les grandes cultures céréalières sont dominantes.

3 SOUTIEN

Le ministère de l’Agriculture, un Graal ? « Disons que ce n’est pas le domaine où j’étais le plus ignorant, convient l’intéressé, nommé en mai 2022, après avoir été ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement J’aime l’agriculture. Et il y a des personnes qui m’y voyaient bien, surtout François Bayrou. » Un soutien efficace en macronie : les remaniements passent et Fesneau reste. « Il n’a pas à s’inquiéter, il est MoDem », décrypte un observateur. Il en est même le premier vice-président.

4 FNSEA

Le syndicat majoritaire des exploitants agricoles ne s’en cache pas, il préférait le précédent ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, et n’a pas vraiment apprécié les débuts de Fesneau, qui a tenté à son arrivée de prendre ses distances. Christiane Lambert, alors présidente de la FNSEA, l’a vite remis à sa place. Après des mois de tâtonnements, il a repris le directeur de cabinet de son prédécesseur.

5 CADEAUX

Marc Fesneau se montre très à l’écoute des revendications du syndicat majoritaire. Cet été, il a obtenu de Bercy que la fin de la défiscalisation du gazole agricole soit étalée sur six ans, et compensée. En décembre, la hausse des taxes sur l’eau et les pesticides a été abandonnée. L’annonce a été faite par le président de la FNSEA lui-même, Arnaud Rousseau.

6 LOI

La loi d’orientation et d’avenir agricoles, annoncée en septembre 2022 pour répondre aux défis du renouvellement des générations et de l’adaptation au changement climatique, ne cesse d’être repoussée. A l’agenda du conseil des ministres ce 24 janvier, elle a finalement été reportée de « quelques semaines », le temps d’y ajouter un volet « simplification » des normes, a indiqué Marc Fesneau. Une demande forte des agriculteurs.

7 MÉGABASSINES

Sur le sujet de l’eau, Marc Fesneau a pris le parti des pro-irrigations. Au printemps 2023, quand Emmanuel Macron et son ministre de la Transition écologique Christophe Béchu présentaient le plan eau, lui promettait aux agriculteurs, au congrès de la FNSEA, qu’ils seraient dispensés de tout « effort supplémentaire ». Il est aussi un soutien indéfectible des mégabassines. « Il faut défendre Sainte-Soline », a-t-il encore répété en décembre, au sujet de ce village des Deux-Sèvres où l’une d’elles est en chantier.

8 ANSES

L’an dernier, le ministre a pris pour cible l’Agence nationale de Sécurité sanitaire (Anses), chargée de l’évaluation des risques des pesticides. Alors qu’elle venait de suspendre les usages du S-métolachlore, un herbicide utilisé dans les grandes cultures, Marc Fesneau l’a appelée à « réévaluer sa décision ». « Une telle ingérence politique sur l’expertise scientifique, c’est quasi-trumpien », s’insurge un député de l’opposition.

9 LOBBYS

C’est à l’Ania, association qui rassemble les acteurs du secteur agroalimentaire, que le ministre a recruté sa directrice de la communication, Sophie Ionascu. Et une ex-cheffe de cabinet s’est recasée chez Phyteis, une organisation professionnelle qui réunit les fabricants de produits phytosanitaires.

10 CHASSE

Fesneau aime chasser au fusil et au tir à l’arc. Défenseur des chasses traditionnelles, hostile à son interdiction pendant les vacances et les week-ends, il s’est engagé à assouplir l’obtention du permis de chasse. Un hobby crispant pour les écologistes, qui pointent son manque cruel de considération pour le bien-être animal.


Morgane Bertrand, Sébastien Billard et Mail Thierry. L’Obs N° 3095/. 25/01/2024


3 réflexions sur “Mais que fait-il ?

  1. christinenovalarue 29/01/2024 / 7h47

    Lisse, incompétent, sans personnalité… Mais peut-être est-il tout a fait différent, à lui de nous le prouver

    • Libres jugements 29/01/2024 / 10h31

      Pas plus que son premier ministre, ce ministre n’aura de l’attitude réelle pour prendre des décisions et marquer son empreinte au sein de ce ministère. Mais c’est là uniquement un avis personnel. Bonne journée Christine. Amitiés. Michel

  2. rblaplume 29/01/2024 / 14h50

    Pour connaître la marge de « manœuvre » de la France dans ce domaine comme tant d’autres, il est bon de connaître ce qui relève des prérogatives en termes de souveraineté de la France, de l’Union européenne et de l’Organisation Mondiale du Commerce. Nos ministres s’efforcent de gagner du temps et d’épuiser les forces des agriculteurs. Si les paysans, les vrais, cessent le combat, leur fin programmée adviendra et la faim gagnera les villes et les campagnes !
    Tous ces beaux bavardages de salon, même champêtres, par des personnages dits ministériels qui, la main sur le cœur, se solidarisent avec les agriculteurs feignant de découvrir les tracasseries administratives, les traités, la concurrence déloyale, la fraude avec les produits frelatés, pollués, la mondialisation, la misère engendrés par leur signature, en notre nom, au bas de différents « parchemins »: : CETA, Nouvelle Zélande, Mercosur, Chili etc.
    En effet, il apparaît que ces éminents ministres comme Monsieur le Président de la République, n’y sont pour rien. Ils n’exercent pas le pouvoir depuis des décennies avec des cabinets ministériels acquis au libéralisme financier et mondialisé ?
    Il est vain de demander des comptes, sous une forme de bienveillance, à ces excellences qui bafouent, à longueur de discours médiatiques, leurs propres décisions de circonstances et signatures au nom de notre pays, au bas des lois, décrets, accords internationaux dans ce domaine comme dans d’autres activités économiques ou politiques.

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