Grâce au fiasco de la loi sur l’immigration, le président du Conseil constitutionnel se retrouve gardien des valeurs de gauche.
Pour une belle revanche, c’est une belle revanche. Laurent Fabius a sans doute passé un joyeux Noël. Celui que des membres du Conseil constitutionnel décrivaient en privé comme un peu flottant, un rien mélancolique ces temps derniers, doit avoir une pêche d’enfer. Il a un mois, avec ses huit comparses, pour décider ou non de biffer certains articles de la loi Immigration.
Que va-t-il censurer, sur le fond comme sur la forme :
- le durcissement du regroupement familial ?
- celui de l’accès aux prestations familiales ?
- le droit du sol à Mayotte ?
- les quotas d’arrivées fixés par le Parlement pour trois ans ?
- tout à la fois ?
« Sa vie durant, il a voulu être président de la République, qui l’ignore encore ? Il n’est arrivé au PS que pour ça, juste, comme il le disait de manière assez décomplexée, parce qu’il pensait y croiser moins de concurrents potentiels pour cette élection, la seule qui ait jamais compté à ses yeux. On connaît la suite, mais, là, pour un mois, le temps de rendre sa décision, c’est comme s’il l’était vraiment. Il est le centre de l’attention, tous les regards sont braqués sur lui », s’amuse un ponte du PS.
Peu importe que la séquence ne dure que quelques semaines, peu importe que Fabius ne soit pas le seul décisionnaire (le Conseil compte neuf membres), cet ultime moment sous les sunlights, c’est comme la chèvre de monsieur Seguin qui avale une dernière poignée d’herbe bien grasse, c’est toujours ça de pris. « Il est vraiment dans la situation idéale : il va donner le cap sur un sujet central sans avoir été élu, il n’y aura pas de violence à son encontre, pas de sondages désagréables, pas de mauvaise nouvelle, c’est si confortable… » sourit un ministre, peut-être envieux.
Rage dedans
Laurent Fabius a toujours eu le plus grand mal à cacher sa détestation d’Emmanuel Macron. La trajectoire de ce jeune impudent qui lui ressemble tant à le don de le faire sortir de ses gonds. Interrogé en 2015 sur la nomination de Macron à Bercy, il lâche froidement : « À son âge, j’étais Premier ministre. » Lors de la visite de Vladimir Poutine à Brégançon, en 2019, il sort de sa réserve de président du Conseil pour canarder : « Faut-il recevoir des dictateurs avec des manifestations d’amitié débordantes ? Ma réponse serait plutôt de dire non, ou plutôt niet. »
Il faut visionner son allocution, lors de la réélection d’Emmanuel Macron. Un grand moment de rage contenue au cours duquel, après avoir proclamé les résultats, il évoque face à lui, très mitterrandien, le premier quinquennat et le « malaise démocratique » qui s’en dégage. Ne vous emballez pas et souffrez que je vous administre un petit soufflet en public, monsieur le gandin.
Le « malaise démocratique » est désormais à son comble. Du juge Eric Halphen au constitutionnaliste Dominique Chagnollaud, magistrats, juristes, politiques sont estomaqués devant cette duplicité « pyramidale », comme aurait dit Chirac : un gouvernement faisant sciemment voter une loi en la jugeant contraire à la Constitution et appelant ensuite à l’aide le gardien de ce même texte en s’asseyant sur le vote du Parlement, qu’il a sollicité…
Et qui est-ce– qui sollicite le Conseil ? L’opposition de gauche, mais aussi Emmanuel Macron, celui qui a déclaré, juste avant de saisir les « sages » : « Cette loi est un bouclier qui nous manquait. Si on veut que le RN n’arrive pas au pouvoir, il faut traiter les problèmes qui le nourrissent. »
Fabius devient le recours de la gauche et d’un gouvernement agité de soubresauts intenses, le cadeau est royal.
Pouvoir de Fafaçade
Vu de Bruxelles, le psychodrame français a fait se pincer le Parlement européen et les fonctionnaires de la Commission. Car, exactement au même moment, l’Union européenne votait son pacte Asile et Migration, aiguillonnée par une Allemagne devenue bien plus stricte que sous Merkel. Alors qu’on s’étripait à Paris sur un texte qui sera largement sans effets, l’Europe effectuait son premier tour de vis.
« Il s’agit tout simplement de la mise sur pied d’une politique commune d’asile et de migration sur des critères plus stricts, avec une base commune de données biométriques, une uniformisation des règles, des procédures de retour aux frontières bien plus efficaces et de vrais moyens de pression sur les pays de transit », précise un fonctionnaire européen.
Là est le vrai pouvoir, mais ce qui compte, à Paris, c’est l’apparence du pouvoir, c’est si bon. En mars 2025, Laurent Fabius quittera le Conseil, son mandat terminé. D’ici là, il aura peut-être avalé, qui sait, une ultime poignée d’herbe grasse.
Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 27/12/2023
Et revoilà Laurent Fabius, responsable mais pas coupable… à moins que ce ne fût le contraire ?
Oui, certes ta question mérite de s’y attarder, mais n’est-il pas, plus ou moins dans cette lignée — au demeurant bien trop pleine — de tous ces élus qui profitent de leurs statuts et largesses de la justice, y compris fiscales, pour tromper la population.
D’autre part qu’il soit à la tête de cet organisme — le Conseil Constitutionnel — ayant peu ou prou la possibilité d’interpréter les textes soumis, est-il plus inquiétant qu’une-un autre ?
Le conseil constitutionnel a une lecture de la constitution à géométrie variable, ainsi il ne considère pas que les cadeaux fiscaux faits à certaines professions ou qui avantages les actionnaires étrangers soient anti constitutionnels, mais il va mégotter sur le regroupement familial alors que rien dans la constitution n’y figure, et que la constitution ne parle de droits que pour les nationaux. Alors bon toute cette comédie est bien cousue de fil blanc, car en coulisse tout à déjà été décidé, Macron veut faire cocu Ciotti, reste à savoir si en fin de compte c’est le RN qui rafler la mise, car il reste l’arme gaullienne par excellence pour cocufier le conseil constitutionnel : le référendum, qui en réalité n’est jamais non constitutionnel, puisque l’article premier de la constitution dit que c’est le peuple qui possède la légitimité. La constitution ne peut donc lui être opposée.