Marginalisés par Macron, les diplomates fuient à tire-d’aile.
Un remaniement aura-t-il raison de la ministre des Affaires étrangères ?
Depuis des semaines, l’entourage de Catherine Colonna cherche, en tout cas, à se recaser au plus vite dans un consulat, une ambassade, voire à l’Élysée. Ainsi, Luis Vassy, 43 ans, directeur de cabinet au ministère, lorgne le poste de conseiller diplomatique du président de la République.
Il rejoindrait ainsi à l’Élysée Anne-Claire Legendre, ancienne porte-parole du Quai d’Orsay, promue le 19 décembre conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Emmanuel Macron. Le plan B de Vassy ? Représentant permanent de la France auprès de l’ONU. Et peu importe si le poste était réservé à Jérôme Bonnafont, un diplomate plus capé, soutenu par Catherine Colonna. Depuis six mois, Vassy, camarade de promo de Macron à l’ENA, « intrigue en coulisse pour bloquer le transfert de Bonnafont à New York », bruisse un diplomate de haut rang. La bien nommée Céline Place, dircab adjointe de Colonna, cherche, elle aussi, la sortie de secours, imitée par d’autres membres du cabinet.
Passeport brouillé
Lorsque Colonna avait succédé à Jean-Yves Le Drian au Quai, le 20 mai 2022, les diplomates étaient soulagés. Au moins, la chiraquienne, ex-ambassadrice à Londres et à Rome, était l’une des leurs… Un an et sept mois plus tard, le désenchantement est palpable. « Elle ne pèse rien politiquement. Ses déplacements n’ont aucun effet, ses prises de parole sont inaudibles, son pouvoir sur les nominations est limité, cingle un haut fonctionnaire du Quai. Notre politique étrangère est conduite exclusivement par Emmanuel Macron et sa cellule diplomatique. » Jugée trop transparente par le Président, Colonna est rarement mise au parfum des décisions jupitériennes. Quasi traitée en étrangère ?
Dès septembre 2019, Macron attaquait l’« État profond », autrement dit ces membres de la haute fonction publique coupables, selon lui, de résistance vis-à-vis de ses choix stratégiques. Le 16 avril 2022, il ratifiait par décret la suppression des corps de ministres plénipotentiaires et de conseillers des affaires étrangères. Réforme destinée à contraindre les apprentis diplomates sortis de l’ENA à occuper des postes dans d’autres administrations.
Ni la pétition de 500 agents du ministère ni la grève du 2 juin 2022 — une première dans l’histoire du Quai d’Orsay — n’ont réussi à faire fléchir Macron. Blessé par cette marginalisation, le ministère a vécu comme une humiliation supplémentaire le limogeage du directeur général de la sécurité extérieure Bernard Emié, ex-ambassadeur au Liban et en Algérie. Le Président a préféré le remplacer par un préfet. Un crime de lèse-diplomates…
Plusieurs hauts fonctionnaires du Quai ont été priés de s’exiler dans d’autres ministères tandis que des non-diplomates ont, eux, été intronisés ambassadeurs. Ainsi, Pierre-André Imbert, secrétaire général adjoint de l’Élysée, a été hissé à la tête de notre représentation en Australie. Son parcours de conseiller technique de Michel Sapin et de dircab de François Rebsamen au ministère du Travail serait-il un bon diplôme pour retricoter les liens franco-australiens, abîmés par la rupture du contrat d’achat (à 55 milliards d’euros) de nos sous-marins à propulsion nucléaire ?
Promo Élysée
Sortie de la promotion Léopold-Sédar-Senghor, comme Emmanuel Macron, Marie Fontanel, qui a œuvré en tant que conseillère solidarités et santé au Château entre 2017 et 2020, a bénéficié du même sauf-conduit. Après un passage à la représentation permanente de la France auprès du Conseil de l’Europe (où elle a été remplacée par Pap Ndiaye), l’inspectrice générale des Affaires sociales a gagné son visa pour les Philippines. Doté d’un pedigree hybride public-privé très en vogue à l’Élysée, Christophe Lecourtier, ex-directeur général de Business France, a pris, lui, ses quartiers à Rabat, en décembre.
Plus que jamais, les diplomates de carrière s’estimant maltraités partent pantoufler dans le privé. Dernier en date : François Revardeaux, ex-conseiller chargé des affaires stratégiques de François Hollande, en poste à Londres puis à Milan, a intégré en septembre la direction des affaires publiques de Kering, le groupe de luxe des Pinault.
On y fabrique des chaussures haut de gamme. Bientôt des pantoufles ?
Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbe. Le Canard enchaîné. 03/01/2024
Il serait temps que ces énarques apprennent que la France est passé du rang de 3ème puissance mondiale à la 21ème place. Ça change tout…
Le fait du 🤴
Le fait du roi certes… mais c’est surtout la cinquième constitution qui leur permet.