L’exemple Montpellier… mais doit payer sa tournée.
Facture : plus de 40 millions au détriment des infrastructures.
Alors que Paris s’apprête à passer son ticket de métro à 4 euros pendant les JO, Montpellier a offert, fin décembre, la gratuité des transports aux 500 000 habitants de son agglomération. Finis les tickets à 1,60 euro ou l’abonnement annuel à 540 euros. Le gain de pouvoir d’achat pour une famille de quatre a été estimé par la collectivité à 1 470 euros par an. Joyeux Noël !
Privés de ce cadeau, les touristes et les visiteurs résidant hors de l’agglo devront, eux, continuer de casquer pour se faire trimballer sur le réseau, composé de quatre lignes de tram (bientôt cinq) et de 41 lignes de bus. Cette promesse de campagne du maire socialiste, Michaël Delafosse, est inédite par son ampleur.
Châteauroux, Aubagne, Niort, Bourges, Douai… une quarantaine de communes françaises ont déjà sauté le pas de la gratuité. Mais, jusqu’ici, la plus grande collectivité hexagonale à avoir rendu les transports gratis, en 2018, était la communauté urbaine de Dunkerque, près de 200 000 habitants et 17 communes desservies, mais seulement 16 lignes de bus. Petits joueurs !
Un bon coût politique
Le surcoût pour les finances de Montpellier avait été estimé à 24 millions d’euros pendant la campagne de 2020 par Delafosse, dont c’était la mesure phare. Une fois élu, il a revu son estimation à la hausse : 30 millions d’euros par an. La chambre régionale des comptes la chiffre, elle, à… 42 millions d’euros. Pour du gratuit, c’est pas donné.
Pas de quoi effrayer la métropole occitane, dont le budget global en 2023 était de 1,57 milliard d’euros. Le manque à gagner lié à l’arrêt de la billetterie représente environ 5 % de son budget de fonctionnement. Pour compenser la perte, Montpellier souligne la dynamique du « versement mobilités » payé par les entreprises : il devrait passer de 91 millions d’euros en 2020 à 121 millions en 2024, soit une hausse de 30 millions en quatre ans. Merci, patrons ! Mais ce regain financier aurait été assuré même sans la gratuité.
Le réseau se verra donc bien privé de fonds qui auraient pu être investis dans l’infrastructure, dénoncent les opposants. « Quand c’est gratuit, c’est pourri », grince Alenka Doulain, élue d’opposition (Montpellier Union populaire écologique et sociale), estimant qu’il est primordial d’améliorer l’offre avant toute autre mesure. « Les fréquences actuelles ne sont pas acceptables. Si les gens sont bloqués dans les bouchons, c’est que la qualité de service n’est pas suffisante », assure-t-elle.
Une position partagée par la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, « pas favorable à la gratuité totale, qui prive le transport public de ressources conséquentes ». Son président, Bruno Gazeau, estime en outre que la mesure n’aura pas d’impact sur la baisse du trafic auto : « Les conducteurs changent de mode de transport quand ils ont une offre à la hauteur. Toutes les collectivités françaises réclament un choc ferroviaire. La mobilité a besoin d’argent. Il ne faut pas s’en priver quand on peut en avoir. »
Michaël Delafosse est donc attendu au tournant. Pour certains, il joue même sa réélection sur ce dossier. En interne, sa politique dans le domaine du transport est secouée par les nids-de-poule : en trois ans, quatre directeurs se sont succédé à la tête de l’opérateur des transports, la TAM. Encore plus troublant : le directeur du « pôle mobilités » de la métropole de Montpellier a quitté son poste et organisé un petit déj d’adieu le jour de la mise en place de la mesure, le 21 décembre. Une coïncidence purement gratuite ?
Yann Voldoire. Le Canard enchaîné. 03/01/2024
Ici à Aubagne c’est gratuit même pour les touristes. Montpellier va devoir maintenir une billetterie coûteuse pour 10% de voyageurs. Depuis que c’est gratuit sur Aubagne il n’y a plus de dégradations et si on compte la taxe transport et le prix prohibitif Aubagne Marseille, l’agglo de Marseille se fait, malgré la gratuité, du gras sur le dos des aubagnais
Sans vouloir polémiquer, Bernard, selon ton texte, il n’y a aucune solution valable qui permettrait entre autres d’avoir un transport en commun permettant à des coûts très raisonnables, permettant de diminuer l’envolée des voitures particulières venant asphyxier les citadins. Pourtant, il faudra bien y arriver