… et si c’était l’heure des fractures
C’est un peu comme après un dîner de famille qui a mal tourné. Chacun en garde un goût amer, mais souhaite passer à autre chose. Le 8 janvier, les députés macronistes se retrouveront pour leur première réunion de groupe de l’année. Encore traumatisés par le psychodrame qui s’est joué avant les fêtes autour du projet de loi immigration — dans le groupe Renaissance, vingt élus ont voté contre et dix-sept se sont abstenus —, les voilà désormais contraints de relever un double défi : dépasser leurs dissensions et retrouver une boussole commune.
Il faut dire que depuis l’adoption de ce texte, voté avec le concours des voix du Rassemblement national (RN), le doute s’est immiscé chez certains macronistes de la première heure. Comme Sacha Houlié, figure de l’aile gauche, qui présidait la commission mixte paritaire. Ou l’ex-président du groupe La République en Marche, le député de Paris Gilles Le Gendre. « Avec ce texte, nous avons gravement abîmé la promesse macronienne, reconnaît ce dernier qui, mi-décembre, dénonçait « la dérive insidieuse » d’une loi contre laquelle il a voté. Il est désormais indispensable de rééquilibrer notre ligne politique. L’unité de notre majorité est à ce prix ».
Traumatisme
Comment surmonter ce traumatisme ? Le « rendez-vous avec la nation » – aux contours encore flous – promis pour janvier par Emmanuel Macron fera-t-il office d’ardoise magique capable d’effacer les stigmates d’un texte que Marine Le Pen a qualifié de « victoire idéologique » pour extrême droite ?
« Pour le président et notre majorité, c’est la dernière chance de donner un cap à un quinquennat mal né », insiste Gilles Le Gendre. Dès la mi-janvier, les débats reprendront aussi à l’Assemblée autour d’une loi sur l’énergie et de deux textes en réponse à la crise du logement et à celle de l’agriculture.
« Ce sont des textes plutôt « fèel good », moins clivants, qui nous permettront de nous ressouder et de recoller aux préoccupations réelles des Français », veut croire le député MoDem du Finistère Erwan Balanant Le projet de loi inscrivant l’IVG dans la Constitution est également à l’ordre du jour.
Ambiance « fin de règne »
Déboussolée, une partie du camp présidentiel espère un retour rapide aux fondamentaux du macronisme. Alors que le taux de chômage frémit, des députés proches du chef de l’État lui ont suggéré d’accélérer sur l’emploi et d’intégrer de nouvelles mesures de libéralisation dans la future loi Pacte 2.
« Plus que de discours enflammés, les Français ont besoin d’actions concrètes, avance le député des Français de l’étranger Marc Ferracci, un fidèle. Le cap du plein-emploi n’est pas un objectif technocratique, mais une promesse d’émancipation collective et individuelle : c’est un avenir où l’on a moins peur pour nos enfants, où la mobilité professionnelle est possible, où les richesses créées permettent d’investir pour la santé, l’écologie. » A l’inverse, d’autres plaident pour investir le champ institutionnel, au risque de se détacher des attentes des Français.
Le doute gagne une macronie désormais gangrenée par une ambiance « fin de règne ». « Lors de sa deuxième campagne présidentielle, l’effet fan club s’était déjà émoussé et des députés estimaient qu’Emmanuel Macron n’avait plus la même vista qu’avant, remarque Mathieu Souquière, essayiste et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès. « Le côté star system qu’il exerçait sur ses troupes n’existe plus ».
Sur les bancs de la majorité, certains sont si décontenancés par la séquence immigration qu’ils élaborent d’étranges scénarios : et si le chef de l’État s’était accommodé de la normalisation de Marine Le Pen, quitte à lui remettre les clés de l’Élysée en 2027, pour mieux revenir en sauveur cinq ans plus tard ?
La campagne des européennes approchant, la réplique élyséenne à la montée en puissance de l’extrême droite questionne en tout cas l’ensemble de la majorité. Un député s’inquiète : « Les dissonances internes sur l’immigration ont révélé une question stratégique sur la manière d’empêcher Marine Le Pen de l’emporter en 2027 : faut-il assumer le glissement à droite, quitte à courir le risque de voir notre majorité exploser ? Où faut-il recentrer la majorité sur sa marque d’origine, le dépassement ? Mais soyons honnêtes, ce dernier a pris un sérieux coup dans l’aile avec le texte immigration… »
Pour autant, le pire a été évité et, pour l’heure, la majorité tient. Il n’y a pas eu de fronde comme sous le quinquennat Hollande. Annie Vidal, députée Renaissance de Seine-Maritime, qui a voté contre le projet de loi immigration au nom de « [s]es valeurs » — comme elle l’avait déjà fait avec la loi asile et immigration et celle sur la bioéthique —, l’affirme : « Il n’y a pas de rupture au sein du groupe. Avant de prévenir : Cette crise politique va laisser dés séquelles, nous devons réfléchir à une autre manière de travailler ».
En décembre, seul le député Horizons du Finistère Jean-Charles Larsonneur a franchi le Rubicon en quittant la majorité pour rejoindre les non-inscrits. Côté gouvernement, un seul ministre, Aurélien Rousseau (Santé), a mis à exécution sa menace de démission.
Les traces sont là néanmoins, d’autant que des figures en vue de la macronie ont contribué à désorienter les troupes. Telle la « marcheuse » historique Astrid Panosyan-Bouvet, qui s’est abstenue dans l’Hémicycle après avoir affirmé en réunion de groupe que le projet de loi n’était pas xénophobe et donné le sentiment qu’elle le défendrait.
Le chantage à la démission de Clément Beaune, ministre des Transports, n’a pas non plus été du goût de tous. Le chef de file des députés Renaissance, Sylvain Maillard, a toutefois promis qu’il n’y aurait pas de « chasse aux sorcières ». Mais dans les boucles WhatsApp, certains qualifient ceux qui ont voté contre et les abstentionnistes de « passagers clandestins ».
Vers des défections ?
A bas bruit, et sur bien d’autres sujets, la maison macroniste commence à se lézarder. La récente sortie d’Emmanuel Macron pour défendre Gérard Depardieu, mis en examen pour agressions sexuelles et viols, en a stupéfié plus d’un. Sur le terrain international, et notamment sur le conflit Israël-Hamas, les prises de position diplomatiques du président déstabilisent ses soutiens. « Macron a réussi à faire du « en même temps » qui ne contente personne, ni les pro palestiniens ni les pro-israéliens », déplore une « marcheuse ».
Son absence à la grande manifestation contre l’antisémitisme, ses demandes de trêve ont été interprétées par des députés de l’aile droite comme un manque de soutien au peuple israélien.
Quitteront-ils pour autant le navire pour un autre port d’attache ?« Tant qu’il n’y aura pas d’offre politique viable pour accueillir les membres de l’aile droite – comme ceux de l’aile gauche qui ne se sentent plus en phase avec le président de la République, il n’y aura pas de défection », parie un macroniste.
Il se murmure néanmoins que certains des macronistes les plus à droite pourraient bien finir par atterrir à Horizons. Surtout en cas de défaite aux élections européennes de juin prochain. « Plusieurs députés attendent qu’Edouard Philippe se déclare pour 2027 pour partir, alerte un parlementaire. D’ici là, ils feront le dos rond. » En priant pour qu’il ne craque pas…
Alexandre Le Drollec et Emmanuelle Souffi. L’Obs N° 3092. 04/01/2024
De toute façon ces députés vont perdre leur siège: les français en ont marre de la délinquance, des ghettos, des incivilités, et ils mettent tout ça sur le dos de l’immigration se rappelant jour jeunesse où ils pouvaient laisser leur vélo devant le collège et le retrouver à la sortie. Et malheureusement aucun parti de gauche ne prend cette attente au sérieux.
Je rajoute ce commentaire : ici dans la région paca les fiefs de la gauche tombent petit à petit aux mains de la droite: Aubagne Gardane Salon Marignane bientôt ce sera Martigues. Quant au Var autrefois à gauche à part Toulon, il est perdu pour la gauche depuis 20 ans. Et le Languedoc commence à suivre.
J’accorde que la contestation mode LFI, dessert les parties politiques ayant objectif de faire évoluer la société socialement. Les « dits » partis politiques se réclamant de la gauche, situés de l’extrême gauche aux divers gauches non seulement ne savent pas se faire entendre mais de plus n’ont pas un programme de gestion sociale a opposé. Amitiés. Michel
Ce qui se passe en Macronie n’ a pas l’honneur de m’intéresser
La Macronie « Pas L’honneur de m’intéresser » dis-tu Christine. Le seul problème est que ces déboires, ces décisions, ces lois, nous mettent de plus en plus à la panade et donc par voie de conséquences, il est impossible d’ignorer ces méfaits.
Amitiés. Michel
Ma seule réponse est, en tant que citoyenne, je vote !
Grand merci dans ce bastringue dit de démocratie, il reste le vote effectivement… d’où à revenir sur le vote qui serait d’abord contre le gouvernement en place… mais alors, qui incarnerait une autre gestion démocratique basé sur plus d’équité sociale. Pour ma part absolument pas le couple disparate Marine-Jordan.