Dingue de dindes ?

Vous prendrez bien encore un peu de dinde ?

Cette année encore, 2 millions de Meleagris gallopavo ont été sacrifiés pour le repas de Noël. Les Français restent accros à ce volatile, même si le prix de la bestiole ne cesse d’augmenter — comptez plus de 30 % par rapport au réveillon précédent. Tout ça à cause de la Flambée des coûts des céréales, provoquée par la guerre en Ukraine, sans oublier la grippe aviaire, qui, depuis un mois, frappe de nouveau les élevages tricolores.

Avec 50 millions de dindes élevées chaque année, la France n’en demeure pas moins la 3′ puissance dindonnière mondiale. Cocorico !

Sauf que, juste avant Noël, Bruxelles a pondu de nouvelles règles environnementales qui fichent la chair de poule à nos éleveurs. Jusqu’à présent, une directive sur les émissions industrielles imposait à tout élevage de plus de 40 000 dindes, donc soumis à autorisation, de mettre en œuvre une palanquée de coûteuses mesures afin de limiter ses rejets en oxyde d’azote, en ammoniac et en poussières.

Mais le Parlement, la Commission et le Conseil de l’Union européenne viennent de décider d’abaisser le seuil à 9 333 individus.

Résultat : 73 % des éleveurs tricolores vont devoir piocher dans le porte-monnaie pour se mettre aux normes. Sous peine d’une amende pouvant grimper jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires annuel. Selon le Comité interprofessionnel de la dinde française, vent debout contre la révision de la directive, beaucoup d’éleveurs qui n’ont pas l’oseille pour payer vont se retrouver sur la paille.

La filière du dindonneau l’a d’autant plus mauvaise que, pour les poulets en batterie, le seuil reste inchangé, à 40 000 places par poulailler, et que le troupeau bovin, pourtant pointé du doigt pour ses émissions de méthane, a, lui, réussi à se faire exempter, au moins jusqu’en 2026.

Si nos éleveurs de dindes se prennent dans le gésier le durcissement de la directive, qui vise notamment les méga-élevages, c’est aussi parce qu’ils ont poussé à l’extrême l’industrialisation de leur production, avec une densité de bestioles par mètre carré jusqu’à deux fois plus forte que celle du poulet en batterie. La quasi-totalité du cheptel étant profilé pour la croissance ultrarapide, qui, à coups de rations hyper-énergétiques et d’antibiotiques, propulse un dindonneau de 100 grammes à une masse de 15 kilos en cent cinq jours !

 Joyeuses fêtes, ding dinde dong !


Article non signé lu dans le Canard enchaîné de 21/12/2023


2 réflexions sur “Dingue de dindes ?

  1. raannemari 02/01/2024 / 14h02

    Ce qu’on devrait interdire ce sont ces élevages concentrationnaires, polluants, insalubres.

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