L’engagement.

[…] Dans les décennies d’après-guerre, l’engagement passait par la médiation de collectifs d’appartenance qui n’étaient pas remis en cause : la nation, la patrie, les idéologies, les partis, les syndicats, ou encore les Églises.

À partir des années 1970 et surtout de la décennie 1980, ces modalités d’engagement sont entrées en crise et ont été remises en question : nouvelles interrogations sur le rôle de la nation dans le contexte de la construction européenne et de la mondialisation, phénomènes de désaffiliation sociale et montée de l’individuation, érosion des grands référents idéologiques, mouvement de sécularisation, chute des appartenances syndicales et partisanes, ou encore montée de l’abstention.

Ces évolutions ont pu conduire à un affaiblissement des valeurs comme des pratiques traditionnelles d’engagement. Elles ont bousculé les codes institutionnels classiques tant du côté des organisations que des individus. Mais elles ont aussi engendré certaines reconfigurations ou mutations significatives de ces valeurs introduisant de nouvelles normes et de nouveaux usages.

L’engagement n’a pas disparu, mais ses terrains se sont déplacés, il s’est transformé dans ses modalités comme dans sa durabilité. Les valeurs d’engagement se sont privatisées, s’enracinant davantage dans les trajectoires individuelles et répondant à des logiques d’adhésion plus personnelles et plus expérimentales que dans le passé.

Par ailleurs, le militantisme moral qui s’est développé à partir des années 1980 a fédéré un ensemble d’engagements s’appuyant sur des ressorts plus réactifs, émotionnels et fusionnels qu’institutionnels et partisans.

L’affaiblissement général de la population face au lien national, les défis d’une société multiculturelle, la montée de la violence et de la radicalité, la défiance croissante vis-à-vis des grandes institutions verticales, de nouvelles exigences concernant la vie privée ou encore une redéfinition des périmètres des principes de discipline et d’autorité, […] [à déstabilisé grandement l’engagement — au sens noble — envers les personnes et institutions, n’engageant que sur des actions à court terme, évitant toutes responsabilités pérennes]

[…]


Anne Muxel. Revue « Dans Les Champs de Mars » 2019/2 (N° 33) Source (Extraits)


Notes

  1. Journée d’études « Les mutations des valeurs d’engagement. Quelles questions pour les armées ? », organisée par le domaine Défense et société de l’IRSEM le 5 juin 2018, à l’École militaire, Paris.
  2. Délégation à l’information et à la communication de la Défense.
  3. Jacques Ion, S’engager dans une société d’individus, Paris, Armand Colin, 2013.

3 réflexions sur “L’engagement.

  1. rblaplume 02/01/2024 / 18h20

    Je considère cette analyse exacte quant à son constat par l’expérience vécue des années soixante -dix jusqu’au début de ce siècle dans le monde notamment associatif au sens noble  du terme. L’engagement s’enraciné dans l’histoire longue d’une association, d’un parti à la suite d’un parcours « initiatique » en filiation d’un héritage reçu tant par les structures d’accueil que par l’environnement renvoyant une image sublimée mais valorisante des actions entreprises au nom de … A  cette matrice collective s’ajoutent quelques figures emblématiques ou charismatiques propres à susciter l’engagement pour des idéaux. L’exemplarité avait été pendant longtemps un puissant aimant d’adhésion, même si le temps altérait parfois  cette perception.
    Les puissants mécanismes de socialisation et de formation voire d’uniformisation  (école, syndicats, églises, cercles de réflexion, cadres familiaux, cercles professionnels etc.) des attitudes, des comportements agissaient sur le temps long et permettaient une acceptation d’une vie commune plus apaisée qu’aujourd’hui.
    L’irruption des nouveaux médias notamment le WEB  détruisent le temps et l’espace et laissent entendre que nous sommes en passe de nous affranchir de toutes les contraintes collectives pour être les acteurs de nos vies nonobstant les limites définies par les puissances économiques.
    Il est à remarquer que  des manifestations collectives de grandes ampleurs existent dans les stades, les festivals, les concerts , les parcs d’attractions autour des divertissements ou de thématiques très ciblées. Ce type de rassemblements révèlent un besoin de communions collectives.
    La fin des » ismes » comme socialisme, communisme, humanisme, collectivisme, capitalisme  a engendré  une novlangue dont l’un des ingrédients est l’émotion individuelle érigée en  valeur collective. Celle-ci est devenue  un culte sacralisé. Quiconque s’y refuse  est rejeté, isolé, banni du cercle des personnes ayant du cœur.
    Mais il demeure que la solidarité collective est présente et active  quand plus aucun recours marchandisé ou préfabriqué ne s’impose. Quand nous sommes nus, l’autre n’est plus un intrus, un « barbare mais la main tendu de la fraternité !
    Il est indéniable que les temps présents nous invitent à reconsidérer ce concept d’action collective. Les derniers mouvements de citoyennes et citoyens  autour du vivant, du climat, de la sauvegarde des ressources naturelles dont l’eau nous rassurent. les petites solidarités locales et les grandes solidarités autour des biens communs sont  des signes ou des marqueurs d’une vigueur latente d’engagements prometteurs !

    • Libres jugements 02/01/2024 / 20h26

      Que voilà une lecture analysis de l’article posté… Cet article — et ce commentaire — devait être inclus en préambule dans les statuts d’associations.
      Amitiés. Michel

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