Éducation nationale

Jules Ferry, au secours !

« De temps à autre, il faut des révolutions. » Emmanuel Constant, vice-président du département de la Seine-Saint-Denis chargé de l’éducation, condense par cette formule sa solution pour plus de mixité sociale.

La collectivité a proposé en mars dernier de fusionner l’académie de Paris et le 93, soit la capitale et le département métropolitain le plus pauvre, pour éviter que se creuse la ségrégation scolaire.

« Malgré tous les plans de rattrapage depuis 25 ans, et malgré la gentrification d’un certain nombre de nos communes, la situation ne change pas en Seine-Saint-Denis, décrit l’élu. On voit arriver des médecins, des professions libérales dans notre département, mais pas leurs enfants dans nos écoles. Il faut passer à la vitesse supérieure, partager la sectorisation ainsi que les moyens ! »

La proposition de faire naviguer collégien-ne-s et enseignant-e-s entre le nord-est de la capitale et la Seine-Saint-Denis a été jugée « décoiffante » par le ministre de l’Éducation Pap Ndiaye, qui n’en a ensuite plus rien dit.

La ville de Paris s’est, elle aussi, bien gardée de saisir la perche tendue par ses voisins. Car, en matière de mixité sociale, rien n’est plus confortable que le statu quo. Le tableau national est pourtant bien peu glorieux, bien au-delà de la caricature qu’offre parfois la région parisienne.

« On a affaire de plus en plus à des jeunesses françaises qui se croisent sans se connaître, qui finiront par admettre que l’autre est définitivement un autre et qu’ils n’ont plus rien à faire ensemble, et c’est un véritable crève-cœur républicain, considère Rémy Sirvent, secrétaire général du Cnal (Comité national d’action laïque). La publication des IPS est venue confirmer des intuitions déjà anciennes : c’est le hasard de la naissance dans la bonne famille qui va aiguiller scolairement les élèves. »

Le dernier rapport officiel produit par le Centre national d’étude des systèmes scolaires (le Cnesco, autrefois sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale), établissait en 2015 que 10 % des élèves du second degré fréquentaient un établissement qui accueillait « au moins 63 % d’élèves issus de milieux socialement très défavorisés », quand les collégien-ne-s et lycéen-ne-s d’origine aisée comptaient en moyenne dans leur classe « deux fois plus de camarades également d’origine aisée que les élèves des classes moyennes et populaires ». La ségrégation sociale pouvait à l’époque être « dix fois plus importante dans certains départements que dans d’autres ». L’entre-soi ne s’est pas démenti depuis.

Thématique plus ou moins abandonnée sous Blanquer, la mixité sociale est revenue au cœur des discours de son successeur au ministère de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye. Il l’a dit lors de sa prise de fonction, il l’a répété dans sa « Lettre aux enseignants », et écrit dans une tribune-programme dans le journal Le Monde plus récemment. « Nous devons lutter contre tous les déterminismes sociaux et toutes les assignations. Une école qui, tout en la promettant, n’accorde pas l’égalité produit à la fois des injustices, et une défiance et un sentiment de colère dans les classes populaires. »

Annoncé, puis repoussé, son grand plan mixité devrait finalement être présenté tout ou partie le 11 mai 2023. Les informations ayant filtré laissent présager un programme qui se tient avec prudence au milieu du gué, dans sa manière non seulement de secouer l’école publique, mais également de contraindre l’école privée sous contrat, devenue la chasse gardée des classes supérieures.

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Mathilde Goanec. Médiapart. Source (Très courts extraits)


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