A vouloir agir dans l’urgence…

… on fait les choses de travers !

L’affaire du fonds Marianne en désole plus d’un. Une information judiciaire a été ouverte pour savoir de quelle manière son budget a été utilisé. Créée quelques mois après l’attentat contre Samuel Paty, cette structure devait donner des moyens à des associations pour lutter contre la radicalisation et faire la promotion des valeurs de la République. Vaste programme.

La première leçon à retenir est que l’empressement et la précipitation ne sont pas bons conseillers. À vouloir agir dans l’urgence, on fait les choses de travers. On avait connu cette même fébrilité après le 7 janvier 2015. Il fallait absolument réagir, mettre en place tout un tas de trucs pour lutter contre l’intégrisme, l’intolérance et l’obscurantisme, même si on ne savait pas très bien comment.

Cette agitation démontrait que les questions autour des valeurs de la République, au premier rang desquelles la laïcité, avaient été trop longtemps délaissées, oubliées et que c’est seulement au lendemain d’une catastrophe que tout le monde se réveille et s’excite.

Espérer qu’un fonds lancé à la hâte pourra aborder en quelques vidéos d’influenceurs des questions aussi lourdes que la laïcité, l’égalité ou la citoyenneté témoigne d’un certain optimisme, voire d’un amateurisme.

La suite n’est finalement pas surprenante : mauvaise conception, mauvaise organisation, mauvaise gestion. Quelles que soient les conséquences judiciaires, la leçon à tirer est qu’il faut arrêter d’aborder ces questions cruciales comme des opérations de com, des trucs pour occuper le terrain médiatique, des rafistolages en urgence qui ne réparent rien et ne font qu’aggraver les choses.

Cette histoire est d’autant plus déplorable qu’il existe déjà des structures pour défendre les valeurs de la République : le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Culture, le ministère de la Justice, le ministère de l’Enseignement supérieur, le ministère de la Santé, etc.

Toutes les institutions doivent déjà, par leur travail, oeuvrer pour les valeurs républicaines, dont la laïcité. Était-il alors nécessaire de créer un fonds spécial, alors qu’il est de la responsabilité de toutes les administrations de les défendre ? On a un peu l’impression que les ministères se sont déchargés de cette mission sur ce fonds. La laïcité, les valeurs républicaines ? Voyez le fonds Marianne, à gauche au fond du couloir.

Sur la page du site du gouvernement qui donne des explications sur ce fonds, on peut lire que « le combat contre la radicalisation continue d’être mené par le CIPDR ». Le SG-CIPDR : le Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation. On est heureux de l’apprendre et on se demande alors ce qu’apportait de plus le fameux fonds Marianne.

L’action publique ressemble parfois à un millefeuille de structures qui s’empilent les unes sur les autres et se gênent davantage qu’elles n’agissent efficacement de concert. Avait-on vraiment besoin de ce fonds, un de plus, pour lutter contre la radicalisation et pour promouvoir les valeurs de la République ?

On aimerait que les causes nobles soient défendues par leur seule grandeur, sans l’aide d’aucun argent. Avec le fonds Marianne, les adversaires de la laïcité croient tenir une victoire. Si ça peut leur faire plaisir. Mais ils risquent d’être déçus. Quoi que décidera la justice, les valeurs républicaines resteront car elles ne sont ni à vendre ni à acheter.


Edito du 10 mai 2023 – RISS. Charlie Hebdo


2 réflexions sur “A vouloir agir dans l’urgence…

  1. bernarddominik 10/05/2023 / 14h25

    Le nom de Marlene Schiappa n’a pas été prononcé dans l’affaire du fonds Marianne et pourtant les dérivés c’est bien elle. Pour moi cette affaire révèle comment la corruption est favorisée par nos institutions. Le gouvernement crée une commission, un fonds, avec des moyens. Et comme ce n’est pas une administration les règles de contrôle de l’usage des fonds sont très floues. Ça permet de récompenser rémunérer tout ce que les mécanismes normaux de l’état interdit. C’est sans conteste de la corruption.

  2. christinenovalarue 10/05/2023 / 16h53

    Cette affaire est lamentable, à l’image de ceux qui nous gouvernent 💔💔💔

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