Une lubie libyenne de Macron

Nouvelle preuve de l’obsession d’Emmanuel Macron pour la Libye : la conférence internationale organisée à Paris le, 12 novembre 2021.

Objectif affiché ?

Sceller la date du 24 décembre 2021 pour un double scrutin, présidentiel et législatif, censé panser les plaies d’une nation déchirée et livrée à l’appétit de « parrains » voraces.

Avec ou sans Saïf al-Islam Kadhafi, candidat virtuel, la tenue d’élections « libres, régulières, inclusives et crédibles », dixit le communiqué final, tiendrait du miracle. Notamment en l’absence d’un vrai recensement des électeurs.

Chers mercenaires

Autre chimère : le retrait des 20 000 soldats et mercenaires venus d’ailleurs — turcs, syriens, russes, soudanais ou tchadiens. L’ancienne Jamahiriya (comme la Libye s’appelait au temps de Kadhafi) demeure en effet le théâtre d’une intense guerre d’influence par procuration.

  • Ankara, qui guigne notamment les hydrocarbures en Méditerranée orientale, soutient le « gouvernement d’union » (miné par les rivalités), siégeant à Tripoli.
  • De leur côté, la Russie, l’Egypte et les Emirats arabes unis épaulent le maréchal Khalifa Haftar, (il est candidat lui aussi) caïd de l’Est et « stratège » d’un blitzkrieg qui, au printemps 2020, a viré au fiasco.

Poutine et Erdogan, qui n’ont aucune envie de rapatrier leurs petits soldats, ont d’ailleurs boudé le bamum parisien.

Le Grand Turc s’est contenté de déléguer un vice-ministre des Affaires étrangères, qui a contraint l’Elysée à modifier le communiqué final pour souligner la « réserve » d’Ankara quant au « statut des forces étrangères »…

Le zèle de Macron a une explication.

Initiateur de deux « rencontres » aussi louables qu’inutiles (celle de La Celle-Saint-Cloud, en 2017, plus un sommet élyséen en 2018), le Président a reconnu que la France avait « une dette envers la Libye et les Libyens ».

Allusion au rôle dévastateur joué, il y a dix ans, par Nicolas Sarkozy dans l’élimination de son ex-ami Kadhafi et de son régime… et dans l’extension des troubles au Sahel francophone.

Mais Macron tient aussi à restaurer sa prééminence européenne, contestée par Rome puis Berlin ; à garantir à quelques cadors tricolores (Total, Sanofi, Vinci) une part du gâteau de la reconstruction, promis pour l’essentiel au trio Russie-Turquie-Italie ; et, enfin, à se faire pardonner un parti pris proHaftar plus ou moins discret.

De là à parier sur de vraies élections le 24 décembre 2021…

Apparemment, même en terre d’Islam, on peut croire au Père Noël.


Article signé des initiales J.C. – Le Canard Enchainé – 17/11/2021

4 réflexions sur “Une lubie libyenne de Macron

  1. bernarddominik 20/11/2021 / 9h00

    Je crois surtout que Macron, grand mégalomane, veut une reconnaissance internationale et se fait de grosses illusions sur la place de la France, Merkel est plus réaliste.

  2. jjbey 20/11/2021 / 9h44

    Pour foutre le bordel, excusez l’expression, Sarkozy s’est montré d’un talent exceptionnel, livrant le pays à feu et à sang aux appétits de ceux qui rongeaient leur frein sous la pression de ce tyran.
    Les Libyens ne se plaignaient pas de trop de cette tyrannie qui leur apportait un revenu minimum dont beaucoup se contentaient, qui garantissait à chacun le droit à la santé, à l’école.
    Le moindre village était pourvu en eau et en électricité, les cultures abondantes dans le désert y compris.
    Le pain gratuit…
    J’imagine que tout cela a changé et qu’il ne suffira plus de le demander pour qu’un village soit reconstruit à côté de l’existant trop vétuste…
    La grande rivière doit s’assécher et le peuple payer très cher…

  3. Danielle ROLLAT 20/11/2021 / 17h04

    Personne n’a oublié la tente berbère de Monsieur KHADAFI… invité d’honneur au défilé du 14 juillet…

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