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L’archevêque de Paris, un « Sans domicile fixe » !

Pour la gloire de Dieu, je suis prêt à m’installer n’importe où, y compris sur les Champs­Elysées. » En réponse à un journaliste de « Paris Match » qui, fin décembre, lui demandait benoîtement s’il n’était pas « compliqué d’être dépossédé (sic) de sa cathédrale », Mgr Aupetit, archevêque de Paris et « sans domicile fixe » autoproclamé, fait preuve d’une abnégation sacerdotale de compétition.

Il tente de la jouer modeste, mais pas au point de décourager les médias, qui le présentent invariablement comme le maître des lieux. De droit divin, il est chez lui. Ou plutôt il l’était, jusqu’à ce que l’incendie le prive de la jouissance du bien. De plateau en plateau, ce bon communicant fait comprendre qu’il n’entend pas se laisser expulser, même en douceur, du grand chantier de la reconstruction de la cathédrale.

Le 4 décembre, c’est d’ailleurs lui qui signe avec Valérie Pécresse la convention entre la région Ile-de-France et la Fondation Notre-Dame qui met en place une subvention de 10 millions d’euros pour la restauration.

Pendant que le général Georgelin patauge dans la polémique, ce « lieutenant de Dieu » avance. Qui oserait contrarier l’amour absolu de ce combattant pour son église ?

Le 15 juin 2019, le souriant prélat, coiffé d’un casque de chantier blanc en guise de mitre improvisée, orchestrait la première messe célébrée dans une chapelle de la nef depuis l’office du funeste 15 avril.

Dans son homélie, il encense Notre-Dame et la personnifie : « Elle manifeste cette tendresse toute particulière des chrétiens envers la Vierge Marie, cette maman que le Seigneur nous a donnée. » Ce compliment filial n’est que l’entrée en matière d’un argumentaire beaucoup moins sentimental.

Pas question de laisser l’émotion populaire submerger le monument-emblème-de-la-France sous une vague de dévotion païenne : « La pierre angulaire, c’est le Christ. Si nous retirions cette pierre, cette cathédrale s’effondrerait vraiment. Elle serait une coquille vide, un écrin sans bijou, un squelette sans vie, un corps sans âme. » Et de fustiger l’« ignorance religieuse abyssale » de ses contemporains et l’« exclusion du nom même de Dieu dans la sphère publique, au nom (…) d’une laïcité qui exclut toute dimension spirituelle visible ».

Une relecture pas franchement apaisante de la loi de 1905, qui, au passage, a fait de l’Etat le véritable propriétaire du lieu… La petite assistance, qui n’est pas venue pour le sermon mais pour vivre un instant historique, ne bronche pas mais n’en pense pas moins : est-ce bien le moment ? Il faut croire que oui.

Opportuniste, l’ancien médecin ordonné prêtre sur le tard (à 44 ans), devenu évêque de Nanterre et propulsé en 2017 au commandement du vaisseau amiral de l’Eglise catholique de France par son prédécesseur, André Vingt-Trois, a toujours bâti son pouvoir en brûlant les étapes. Fût-ce au nez et à la barbe de concurrents plus capés de pourpre et plus modérés…

Doué pour exploiter son exposition médiatique, le chef du puissant diocèse de Paris (1.000 prêtres diocésains et religieux, une centaine de diacres : une vraie petite armée) occupe autant qu’il le peut le terrain idéologique.

Notre-Dame n’aura pas souffert en vain si son calvaire sert à mener le combat contre le projet de loi Bioéthique, qui l’horrifie. « Si nous nous taisons, les pierres crieront », écrit Aupetit dans un communiqué balancé sur Twitter (15/1), où il est très présent, citant saint Luc pour faire feu de tout bois contre la procréation médicalement assistée, avatar, selon lui, d’un « eugénisme mercantile » qui transforme l’enfant en « dû à fabriquer ».

Néoconservateur, ce pourfendeur musclé du mariage pour tous (« Pourquoi pas la polygamie, l’inceste, l’adoption par un frère ou une soeur ? ») fait partie de la vingtaine de prélats hostiles à l’IVG qui soutiennent l’objection de conscience des praticiens et les marches pour la vie.

Il a aussi pris fait et cause, et jusqu’au bout, pour les parents de Vincent Lambert…

Où va se loger l’acharnement thérapeutique ?

A Notre-Dame.


Extraits des « Dossiers du Canard Enchainé » N°155 – Mai 2020