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Jacques Julliard n’a pas relevé, après les attentats, -dixit- « un seul incident grave contre les musulmans ».

Semaine après semaine, l’hebdomadaire national-républicain Marianne mouline, à grand renfort d’anathèmes contre qui défendrait une vision de la France et du monde moins strictement corsetée, une propagande où le prétexte de mieux lutter contre l’extrême droite justifie la déclinaison décomplexée de la plupart de ses thèmes sécuritaires de prédilection.

Naturellement, cette noble mission requiert de la souplesse, car les faits sont têtus – et certaines fois si récalcitrants qu’il arrive même qu’ils dessinent une réalité radicalement différente des représentations qu’en donne cette publication. Mais, par chance, Marianne peut (notamment) compter sur le talent d’un collaborateur qui sait briller dans l’art de s’affranchir de cette vérité factuelle lorsqu’elle va trop contre ses propres partis pris : il s’agit de Jacques Julliard, l’éditocrate fameux, passé d’abord par Le Nouvel Observateur (où il psalmodiait jadis et naguère des hymnes au capitalisme rhénan), dont la prose éclaire l’Occident depuis l’an de grâce 1547.

Ce vendredi, par exemple, cet intéressant personnage écrit très posément, dans une longue admonestation, particulièrement délirante, à ce qu’il appelle « la gauche identitaire » – et que nous appelons, nous, la gauche – qu’« après l’année terrible », marquée par les atroces tueries que l’on sait, « que nous venons de vivre », il n’a, pour ce qui le concerne, pas relevé sur le territoire français « un seul incident grave contre les musulmans ». (Puis de préciser, pour qui douterait qu’il carbure aussi au mépris haineux : « Je ne parle pas ici des statistiques truquées des observateurs de “l’islamophobie”. »)

Or, cette assertion est, comme le sait quiconque s’est récemment aventuré dans le monde réel, fausse – et mensongère. Car, dans la vraie vie, de l’agression au cutter d’une jeune Marseillaise voilée aux tirs qui ont blessé à Cambrai un homme d’origine turque pris pour cible par des « patriotes » en passant par la profanation de plusieurs mosquées, les « incidents graves contre les musulmans » n’ont cessé, dans le cours des derniers mois, de se multiplier – après avoir déjà régulièrement crû depuis plusieurs années. Au reste, c’est le ministère de l’Intérieur qui a constaté (au mois de janvier dernier) que « les actes anti-musulmans » avaient « augmenté de 223 % » en 2015 – et non pas ces « observateurs » indépendants que Jacques Julliard, toute vergogne bue et sans produire le moindre élément de preuve, accuse d’être des truqueurs de statistiques.

Mais ces vétilles n’intéressent manifestement pas le bonisseur de Marianne, qui – décidément émancipé du carcan de la circonspection – assène aussi, dans la même harangue et du même docte ton, que le Front national, « au vu de ses déclarations, ne mérite plus stricto sensu » d’être accablé par « l’accusation de racisme » sous quoi des gauchistes inconscient(e)s l’ont « mille fois » écrasé : je gagerais presque, pour ma part, que les chefferies pénistes ne se plaindront que peu, stricto sensu, de tant d’émouvante rhétorique.

Sébastien Fontenelle Politis – Titre original : « Stricto Sensu » – Source