Agressions : Pourquoi ces silences ?

Les femmes et les hommes ne subissent pas le même type de violences. Et sont inégalement enclins à porter plainte.

Les femmes sont plus souvent victimes que les hommes de violences sexuelles et de violences physiques au sein du ménage. Comme elles connaissent fréquemment leur agresseur, quand ce n’est pas tout simplement leur conjoint ou leur ex-conjoint, cela freine considérablement les décisions de porter plainte.

Seulement 10,6 % des femmes ayant reçu des coups au sein du ménage portent plainte. C’est pire pour celles qui ont subi un rapport sexuel forcé dans ce même cadre : seules 3,4 % se rendent dans un commissariat.

C’est le constat que fait l’Insee dans une analyse publiée en octobre dernier (1). Celle-ci s’appuie sur trois enquêtes « Cadre de vie et sécurité » (CVS) également appelée « enquête de victimation », réalisée en 2007, 2008 et 2009, qui fournissent des données complémentaires aux statistiques policières et pénales.

Des agressions différenciées selon le sexe

L’enquête montre que les hommes n’échappent bien évidemment pas aux violences, mais qu’ils ne subissent pas le même type d’agressions : ils sont plus souvent victimes d’agressions non sexuelles, c’est-à-dire de violences physiques, vols, injures et menaces. C’est pour le vol avec violence que les écarts sont les plus grands :1,2 % des hommes de 18-60 ans en ont été victimes au cours des deux années précédant l’enquête, contre 0,7 % des femmes.

De leur côté, les femmes sont une cible privilégiée des agressions sexuelles : elles sont deux à trois fois plus nombreuses que les hommes à subir ce type d’agressions, en dehors du ménage. Ainsi, 1,2 % des femmes interrogées ont déclaré avoir été victimes de viols, de tentatives de viols ou d’attouchements sexuels, contre 0,4 % des hommes.

Ensuite, les femmes sont également davantage concernées par les violences physiques au sein du ménage : elles sont deux fois plus nombreuses que les hommes à subir des violences physiques sans caractère sexuel (3 %) et trois fois plus à avoir été la cible de violences sexuelles au sein de leur foyer (0,6 %).

Une insécurité réduite au silence

Ces résultats expliquent l’accroissement du sentiment d’insécurité chez les femmes, particulièrement au domicile : une femme sur dix se sentirait régulièrement en insécurité chez elle (contre 4,1 % des hommes) !

Ils éclairent également les différences de comportement au moment de déposer plainte. Ainsi, les hommes sont certes plus souvent victimes de vols, mais ils déposent beau­coup plus souvent plainte. Notamment pour obtenir une indemnisation de leur assurance.

En revanche, il est beaucoup moins aisé de rendre compte aux autorités de violences subies de la part d’une personne de son entourage. Ce qui est majoritaire-ment le cas des femmes.

De plus, porter plainte dans ces circonstances peut entraîner des conséquences importantes (rupture, représailles, etc.). Les auteurs de l’étude soulignent aussi une persistance du tabou autour des violences sexuelles.

Une réalité régulièrement dénoncée par les associations des droits des femmes, qui plaident pour une loi-cadre contre les violences faites aux femmes.

Claire Alet – Alternatives Economiques N° 319 Décembre 2012

1)  Economie et statistique n° 448-449, Insee.

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