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Quel avenir pour une Palestine « État observateur » au sein des Nations unies ?

La Palestine accède au statut d’Etat observateur non membre à l’ONU. S’agissait-il d’un vote historique pour la Palestine ?

Il s’agit en effet d’un vote historique et il a été considéré comme tel, tant au sein de l’ONU que par les Palestiniens.

Bien sûr, concrètement, ce vote ne change rien à la situation sur le terrain ; il y aura autant de soldats israéliens et de check-points, et la colonisation ne va pas s’arrêter. Mais c’est une victoire diplomatique et politique pour Mahmoud Abbas à la fois au niveau international et au niveau inter-palestinien. C’est un jalon important vers l’indépendance réelle. C’est significatif : il ne s’agit plus aujourd’hui de territoires occupés mais d’un État occupé. Il y aura dans l’histoire palestinienne un avant et un après 29 novembre 2012.

Mahmoud Abbas a été acclamé dans l’enceinte de l’ONU après l’annonce du vote acquis à une majorité écrasante. Les pays qui ont voté contre, comme les Etats-Unis, ne se retrouvent-ils pas de plus en plus en marge sur le traitement du conflit israélo-palestinien ?

Les États-Unis sont aujourd’hui plus inactifs qu’en marge. Après avoir exigé l’arrêt de la colonisation des territoires, Barak Obama n’a pas réagi lorsque Benyamin Netanyahou l’a poursuivi, défiant le président américain ouvertement.

Or l’engagement des États-Unis pour un règlement définitif est indispensable. Washington va-t-il se réengager ?

Va-t-il attendre les prochaines élections israéliennes prévues en janvier 2012 ? Espère-t-il un changement de majorité en Israël ?

Il faudrait pour cela qu’il s’y emploie et qu’il s’investisse dans la campagne électorale contre Netanyahou aussi fortement que Netanyahou s’était engagé contre lui dans la campagne présidentielle américaine. Il n’est pas certain qu’il le fasse.

Le problème pour l’instant est que les protagonistes du conflit ne parviennent pas à se mettre d’accord, en grande partie du fait de la disproportion des forces, et que les Israéliens estiment que le temps joue en leur faveur.

La communauté internationale assiste à cela de façon impuissante. Car si les États-Unis ne sont pas actifs, il en va de même pour les autres puissances quelle que soit leur position sur le conflit.

Et maintenant ?

Mahmoud Abbas pourrait en profiter pour rouvrir les négociations sans le préalable du gel de la colonisation, pour voir s’il y a une réelle volonté de négocier de la part d’Israël. Le président de l’Autorité palestinienne n’a pas intérêt à ce stade à saisir la Cour pénale internationale. Il pourrait en revanche se porter candidat dans les autres institutions onusiennes pour renforcer sa donne de façon pacifique. Il serait, par exemple, difficile pour les États-Unis d’arrêter de financer l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en cas d’adhésion palestinienne à celle-ci. Est-ce que ce vote ouvre la voie à une réconciliation interne palestinienne ? Il y a eu trop d’espoirs déçus à ce jour pour le tenir pour acquis. Mais il est en tous les cas notable que le Hamas ait approuvé la démarche de Mahmoud Abbas.

Pascal Boniface, directeur de l’IRIS Permalien

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LA RIPOSTE D’ISRAEL

La riposte d’Israël: l’intensification de la colonisation

Le gouvernement israélien a exprimé hier l’intention de construire 3 000 logements dans des colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, en représailles à l’accession de la Palestine au statut d’État observateur à l’ONU. « C’est exact. À Jérusalem et en Cisjordanie  », a déclaré un haut responsable israélien sous le couvert de l’anonymat, interrogé sur la véracité d’une information du quotidien Haaretz.

« Malgré les gages qu’il a donnés au président (américain Barack) Obama, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a donné l’ordre de continuer les constructions dans la zone E1 entre Maalé Adoumim et Jérusalem, ce qui va isoler la partie nord de la Cisjordanie de sa région méridionale », affirme Haaretz. Selon le site d’information israélien Ynet, la décision de poursuivre les plans de construction dans le secteur E1 a été prise jeudi par le forum des neuf principaux ministres. Ce projet controversé était gelé depuis des années sous pression américaine.

« Il s’agit d’une agression israélienne contre un État et le monde doit prendre ses responsabilités », a réagi Hanane Achraoui, membre du comité exécutif de l’OLP, jugeant que la décision du gouvernement Netanyahu n’était « qu’une partie d’un plan de colonisation global ».

La Maison-Blanche a également condamné cette décision, estimant qu’elle est « contre-productive  » et risque de rendre la reprise des négociations de paix plus difficile. « Les négociations directes restent notre objectif et nous encourageons toutes les parties à prendre les mesures pour y parvenir », a précisé le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, Tommy Vietor.

CPI ?

Entre-temps à New York, le président palestinien Mahmoud Abbas appelait à la reprise des négociations avec Israël, tout en réclamant l’arrêt de la colonisation. « Nous ne posons pas de condition, mais il existe pas moins de 15 résolutions de l’ONU qui considèrent la colonisation comme illégale et comme un obstacle à la paix qu’il faut éliminer. Pourquoi ils (les Israéliens) n’arrêtent pas la colonisation ? » a-t-il déclaré, ajoutant : « Nous avons désormais le droit de saisir la Cour pénale internationale (CPI), mais nous n’allons pas le faire maintenant et ne le ferons pas, sauf en cas d’agression » israélienne.

De son côté, le bureau du procureur de la CPI a annoncé qu’il allait étudier «  l’impact juridique » de l’accession au statut d’État observateur à l’ONU de la Palestine, qui avait demandé en 2009 au procureur d’ouvrir une enquête sur des crimes présumés commis par l’armée israélienne.

Jeudi soir, M. Netanyahu avait dénoncé le vote à l’ONU et fustigé le discours de M. Abbas. Mais l’opposition israélienne a accusé le chef du gouvernement, grand favori aux élections du 22 janvier, de n’avoir pas su dissuader les Palestiniens de leur projet. Et alors que des responsables israéliens laissaient entendre ces derniers jours qu’Israël ne remettrait pas en cause les accords signés pour sanctionner la démarche palestinienne, le vice-Premier ministre Sylvan Shalom a de nouveau fait planer cette menace hier.

Hier également, les réactions internationales au vote continuaient de fuser. L’Organisation de coopération islamique a estimé qu’il marquait le droit « irréversible  » des Palestiniens à un État.

La Grande-Bretagne, qui s’était abstenue de voter, a appelé à rouvrir les négociations de paix. Son ministre des Affaires étrangères, William Hague, a en outre demandé à Israël de ne pas réagir de manière à contrecarrer de nouvelles négociations. Le Canada a également appelé à reprendre « sans conditions préalables » les négociations, qualifiant le vote à l’ONU « d’obstacle à la paix ». Le Vatican a « salué  » le vote, mais a jugé que ce n’était « pas une solution suffisante aux problèmes de la région ».

Mechaal « optimiste  »

En attendant, les experts estiment que l’accession de la Palestine au statut d’État observateur à l’ONU encourage les Palestiniens à la réunification entre la Cisjordanie et Gaza, condition de l’établissement d’un État à part entière.

Ainsi, le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a salué hier « une victoire diplomatique et politique considérable ». « Mais pour traduire cette résolution dans les faits et en État sur le terrain, nous devons poursuivre la résistance et le jihad et nous consacrer à l’unité palestinienne sur une stratégie de résistance », a-t-il ajouté.

De son côté, le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, estime que la reconnaissance implicite d’un État palestinien obtenue à l’ONU et le récent conflit dans la bande de Gaza entre son mouvement et Israël s’inscrivent dans une seule et même stratégie de renforcement de la position palestinienne.

Pour lui, la trêve qui a mis fin au conflit à Gaza a été conclue selon les termes fixés par le Hamas, qui a profité de cette séquence pour sortir de son isolement diplomatique. Cela crée un nouveau contexte favorable à une réconciliation avec le Fateh, pense M. Mechaal, qui a vigoureusement soutenu l’initiative de M. Abbas à l’ONU.

« La défaite de l’ennemi à Gaza et l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Égypte créent un nouvel environnement qui devrait permettre aux Palestiniens de former un gouvernement d’unité  », dit-il, assurant : « Je suis optimiste. »

« Quand nous serons réconciliés, unis, que nous aurons mis fin aux divisions et disposerons d’une seule direction politique et d’un seul système politique, alors nous serons plus forts et meilleurs, nous pourrons accomplir de plus grandes choses », prédit-il, précisant :

« Quant à l’État palestinien, nous pensons qu’il devrait être créé sur l’ensemble de notre terre. »

1er décembre 2012 – L’Orient-le-Jour

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Quand Benyamin Nétanyahou détourne Yitzhak Rabin

Pour justifier les mesures israéliennes adoptées en représailles du vote pour la Palestine de l’Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s’est réfugié dimanche 2 décembre derrière la figure tutélaire de Yitzhak Rabin.

Une caution travailliste susceptible de rallier tout le monde derrière le gouvernement que M. Nétanyahou avait pourtant combattu avec virulence après la signature des accords d’Oslo, en 1993, et jusqu’à la veille de son assassinat, en 1995 :

« The response to the attack on Zionism and the State of Israel must reinforce and underscore the implementation of the settlement plan in all areas in which the Government decides… regarding settlement. »

L’ancien premier ministre avait prononcé ces mots à la suite du vote fameux d’une résolution (3379) de l’Assemblée générale des Nations unies selon laquelle le sionisme était « une forme de racisme ». Dresser un parallèle entre ce texte et celui voté le 29 novembre est cependant un peu hasardeux.

En premier lieu si on se réfère aux votes. Soutenue par le bloc arabe et le bloc soviétique, la résolution de 1975 (adoptée par 72 voix contre 35, avec 32 abstentions) avait été combattue par la quasi-totalité des pays d’Europe de l’Ouest, qui avaient tous voté contre (à l’exception de Chypre), tout comme les États-Unis.

Nulle unanimité, trente-sept ans plus tard, puisque les pays européens se sont partagés entre vote pour et abstention, à l’exception de la République tchèque. Rappelons que cette résolution a été annulée par un vote massif (résolution 4686, votée par 111 voix contre 25 et 13 abstentions) en 1991 par la même Assemblée générale.

Pour ce qui relève de la colonisation, il convient aussi de rappeler quelques données.

En 1975, seules 17 colonies israéliennes avaient été érigées en Cisjordanie et à Gaza, alors qu’il en existe plus de 120 aujourd’hui. La population israélienne à l’est de la Ligne verte était estimée à plus de 10 000 personnes en 1972 – contre plus de 500 000 en 2011 – et ne menaçait donc pas encore le projet national palestinien, comme c’est le cas aujourd’hui.

Le blog de Gilles Paris, journaliste au « Monde » – Permalien