… ne vaut pas un habitant urbain.
Simple calcul électoraliste,
il y a plus de votant urbains que ruraux…
À quelques semaines des élections, les édiles de petites communes dénoncent des marges de manœuvre de plus en plus faibles, réduites par une bureaucratie galopante et les demandes d’économies massives. Dans la ruralité notamment, les maires choisissent la combativité à l’abattement, au risque de s’épuiser à la tâche.
La colère des agriculteurs s’est manifestée dans un très grand nombre de villages, villes et bourgs ruraux. Facebook. Les vestiges de la récente mobilisation agricole jalonnent les routes départementales. À chaque intersection, des banderoles déplorent des fermes « mourantes » et des « nourrisseurs affamés ».
Elles ont été décolorées par la pluie, écornées par les jours, semblent fleurir un champ de bataille déserté, mais elles tiennent bon. « Paysans, élus, citoyens, ici nous vivons tous la même chose, dénonce Daniel Blanchet, maire de Saint-Sornin, commune de 220 habitants. L’État impose des choses déconnectées de notre réalité et nous devons nous y conformer sans rien dire. »
S’il y a bien une personne légitime pour établir ce parallèle entre les sphères paysannes, civiles et politiques, c’est bien lui. Fils et petit-fils d’élus communaux, il a prolongé l’engagement familial en étant élu à la tête du village en 2012 tout en tenant, dans le même temps, son exploitation agricole.
L’édile, qui se dit « à gauche par les idées », mais refuse toute étiquette pour « ne pas cliver », avoue une certaine forme d’usure au bout de treize ans de mandat. Il entend toutefois rempiler, au moins pour une ou deux années, afin d’éviter que sa commune ne soit regroupée avec une autre en cas d’absence de liste complète.
« Le préfet nous a prévenus que ce serait le tarif. Si pas de candidat, c’est mise sous tutelle de la préfecture pendant trois mois, puis regroupement. Ça voudrait dire disparaître », rapporte-t-il. Ce qu’il refuse. La survie de son village mérite bien de serrer un peu les dents.
« Ce qui m’embête, avant tout, c’est à quel point l’État nous met des bâtons dans les roues, se désole-t-il. Pour mener à bien des projets, il faut monter des dossiers interminables, lancer des appels d’offres auxquels nos artisans n’ont pas les moyens administratifs de répondre, demander des études et des contre-expertises à des architectes et des cabinets de conseil alors que nous savons très bien dans quelle direction l’eau coule… Et, à la fin, quand on a tout bien fait, qu’on a impliqué la population, l’État nous dit : « Finalement, on ne peut pas vous aider, il n’y a pas d’argent. »
D’après un article signé d’Anthony Cortes Source (Synthèse)