La culture, ensemble et pour tous

Plus qu’un vœu, une nécessité, une prise en considération… parfois orchestrée par des associations devouées. MC

Du grand écran à la scène, du livre à la main, ce sont des associations qui rappellent que la culture ne s’offre pas seulement à ceux qui peuvent y accéder facilement : elle se construit, patiemment, avec ceux qui refusent qu’elle soit un privilège. Grâce à elles, la culture reste ce qu’elle doit être : un espace commun, vivant, partagé.

  • Cinéma

« C’est beau le cinéma, quand tout le monde peut y aller ».

La phrase pourrait être de Pagnol. Elle résume bien l’esprit de Culture Relax qui, pour fêter ses 20 ans, a organisé les 11 et 12 octobre l’événement « Tous ensemble au cinéma ». Ce mot ­ensemble – résume tout leur combat. Dans des centaines de salles, une avant-première du film Marcelet Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet, à 5 euros, sans pub ni volume agressif : un moment simple, ouvert, joyeux.

Depuis 2005, l’association et son réseau de bénévoles militent pour que la séance de cinéma devienne une sortie ordinaire. Amar Nafa, son délégué général, le dit sans détour : « Pour les personnes atteintes de troubles et leurs accompagnants, ces séances ont un goût de normalité : ils vont désormais au cinéma comme tout le monde. Avec tout le monde. Ce côté banal est vraiment important. Ces spectateurs n’ont plus à justifier leur présence ou à s’excuser d’exis­ter ».

Mais la route est encore longue. Juste avant Cannes, le Collectif Handicaps, qui fédère 54 associations nationales représentatives des personnes en situation de handicap, de leur famille et des proches aidants, a alerté : « Troppeu de films sont accessibles. Même les films qui disposent d’une version accessible ne sont que rarement projetés, et souvent à des horaires contraignants ».

Le Portail de l’audiodescription, lancé en février par le ministère de la Culture, le Centre national du cinéma (CNC) et les associations d’usagers, tente de pallier le manque, avec son catalogue de plus de 2 800 films audiodécrits. « Malgré cela, l’accessibilité reste l’exception, jamais la règle », déplore le collectif

  • Spectacle

Même défi sur les planches.

Dans les théâtres et opéras, Accès Culture agit depuis plus de 30 ans pour ouvrir la scène à tous les publics. L’association collabore aujourd’hui avec plus de150 lieux en France.

Résultat : lors de la saison 2023-2024, 208 représentations ont été audiodécrites, 88 adaptées en langue des signes. Ici, l’audiodescription devient un art : décrire la mise en scène, les gestes, les lumières, dans les silences du spectacle.

Les comédiens signants, sourds et entendants, traduisent les émotions en langue des signes. Les surtitres, synchronisés en direct, donnent vie aux voix off, à la musique, aux bruits du plateau. Le public, mêlé, partage les mêmes rires, les mêmes silences. Le handicap s’efface derrière le plaisir d’être là.

  • Littérature

L’inclusion se lit aussi du bout des doigts.

À Toulouse, le Centre de transcription et d’édition en braille (CTEB), association créée dans les années 1980, transforme chaque année des dizaines d’ouvrages, des classiques aux romans, comme ceux en lice pour les grands prix littéraires, Goncourt, Femina, Médicis. Cette saison, La Maison vide de Laurent Mauvignier (à qui a été décerné le prix Goncourt mardi 4 novembre), Kolkhoze d’Emmanuel Carrère ou Vertu et Rosalinde d’Anne Serre ont rejoint les rayons en braille.

Chaque adaptation colite environ 700 euros, mais les livres sont vendus autour d’une vingtaine d’euros aux lecteurs. Depuis 2025, le CTEB édite aussi des albums jeunesse combinant braille et grands caractères, pour que voyants et non-voyants puissent lire ensemble. Avec plus de 2000 titres disponibles, l’association prouve qu’on peut conjuguer exigence littéraire et accessibilité.


Propos recueillis par Nathalie Chifflet


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