Masque et réalité

De « la France qui travaille » aux grands patrons : malgré ses discours populistes, le RN protège les avantages fiscaux des plus riches.

La fable d’une extrême droite cherchant à séduire à la fois les plus modestes et le grand patronat ne survit pas à un examen de ses votes à l’Assemblée. Dans les faits, la balance penche, de très loin, du côté des plus fortunés.

Le prétendu « en même temps » aurait, selon la presse économique, quitté les rivages du macronisme pour s’installer sur ceux du lepénisme. Car le Rassemblement national (RN) fait mine de chercher « en même temps » à agir « pour la France qui travaille, qui souffre, qui en a plein le dos » et à séduire le grand patronat et les milieux d’affaires.

Ce qui l’amènerait à voter de façon assez désordonnée à l’Assemblée nationale, en quête d’un équilibre entre vernis social à ne pas trop craqueler et cadeaux aux plus riches à ne pas trop mettre en lumière.

Depuis le début des travaux budgétaires, le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella livre certes une partition complexe, qui prétend à la fois aller plus loin que la droite dans la diminution du déficit en baissant les dépenses publiques et diminuer drastiquement les impôts, le tout sans faire payer la note aux Français les plus fragiles… Sauf que l’équation s’avère impossible à résoudre, même en tapant sur les immigrés.

Le RN se vante ainsi de faire économiser 2 milliards d’euros avec la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, veut aller chercher 1,5 milliard sur le dos de l’aide médicale d’État et propose de supprimer 6,1 milliards d’euros de prestations sociales aux étrangers, ce qui ne suffit pas à équilibrer un budget. Tiraillées entre deux feux, les troupes lepénistes passent donc d’un argument contradictoire à l’autre lorsque arrivent les votes.

Mais les masques finissent toujours par tomber sur qui faire passer à la caisse entre les plus modestes et les nantis. De ce point de vue, les votes du RN visant à renforcer la lutte contre la fraude fiscale ou à valoriser les pensions de retraite et les prestations sociales selon l’inflation masquent très mal les autres positions prises à l’Assemblée.

  • Des votes contre aux mesures de solidarité et pour les cadeaux aux plus riches

Ainsi, le RN a voté contre la taxe Zucman, et même contre une taxe Zucman allégée, quand bien même elle est réclamée par 86 % des Français, pour que les plus fortunés cessent enfin d’échapper à l’impôt. De même, les lepénistes ont limité la portée d’une taxe sur les holdings. Ils se sont de plus prononcés en défaveur d’une hausse de la contribution de solidarité sur les hauts revenus.

Mais ce n’est pas tout : ils se félicitent de s’être battus contre le plafonnement des rémunérations en entreprise. Autant de cadeaux en faveur des plus riches, et en faveur du capital. Le RN s’est aussi dressé contre la hausse de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises et s’est réjoui d’avoir accéléré la suppression progressive de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), que Jordan Bardella qualifie d’« impôt de production parmi les plus toxiques pour l’industrie ».

La CVAE vise pourtant les sociétés qui réalisent plus de 500 000 euros de chiffre d’affaires et permet de financer les collectivités locales. Loin d’un « en même temps », que les macronistes n’ont d’ailleurs jamais pratiqué, les lepénistes, révélés par le budget, sont donc une fois de plus du côté des plus riches.


Aurélien Soucheyre. Source (Courts extraits)


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