… des mères privées de leurs enfants par la justice
Les « mères désenfantées » ne voient souvent plus leurs enfants qu’en présence d’éducateurs ou à travers un écran. La garde est remise au père, malgré des accusations de maltraitance ou d’agression sexuelle. Sophie Abida, ayant perdu la garde de ses quatre enfants pendant qu’une enquête pour viols paternels est en cours, dénonce cette situation comme un « scandale d’État ».
Les tribunaux appliquent une présomption de culpabilité pour les mères qui dénoncent et d’innocence pour les pères accusés de violences. »
Au pied du mur judiciaire, elle a lancé le « mouvement des mères en révolte » pour sensibiliser les pouvoirs publics, après que la députée écologiste Sandrine Rousseau a alerté le garde des Sceaux sur la « situation d’une urgence extrême » de la fratrie Abida, confiée à leur père suite à des expertises psychologiques défavorables à la mère.
En bon père de famille
En mai 2024, le papa a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour violences physiques sur deux des enfants.
Pas question pour autant de revenir sur la fixation de la résidence principale chez le père, a estimé le juge des enfants (JDE) deux mois plus tard !
Les faits se sont déroulés avant l’attribution de la garde exclusive en janvier 2023, sans preuve de violence continue. Un signalement a été effectué par un voisin inquiet pour les enfants le 27 juillet, et le juge a de nouveau refusé de les placer chez leur mère. L’ordonnance du 14 août indique que « les enfants étaient souriants » lors de l’intervention des forces de l’ordre et que « les colères ressemblent plus à des chamailleries entre frères et sœurs ou à de la frustration face aux règles quotidiennes ».
Mômes sur ordonnance
Rebecca Royer, avocate de Sophie Abida, souligne que face à des soupçons d’inceste ou de maltraitance, les témoignages des mères sont souvent mis en doute, les fausses accusations contre les ex-conjoints étant suspectées comme une stratégie pour enlever leurs droits parentaux.
Pourquoi une telle aberration judiciaire ?
Rebecca Royer souligne que, comme avant #MeToo, les femmes qui dénoncent sont souvent traitées de menteuses. En 2018, le ministère de la Justice a alerté les juges sur le caractère controversé du syndrome d’« aliénation parentale », qui accuse le parent chez qui l’enfant vit de manipuler l’enfant contre l’autre parent. Le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et l’ONU ont depuis averti la France des conséquences négatives de cette théorie.
Depuis l’affaire d’Outreau, la parole des mineurs demeure également sujette à caution.
D’après un texte d’Emmanuelle Souffi.