… et pourtant… Peut-être que des diplomates eux savent, en tout cas les médias sont étrangement muets.
C’était il y a trois ans, deux mois et dix jours. Cécile Kohler, une agrégée de lettres de 37 ans passionnée par Marcel Proust, venait de profiter des vacances de Pâques pour voyager un peu avec son compagnon, Jacques Paris, un ancien prof de maths de 69 ans.
À Téhéran, ils avaient vu la tour Azadi, qu’on appelle parfois tour de la Liberté et, à Ispahan, la sublime mosquée du Shah, ce chef-d’œuvre de l’art safavide. Cécile avait écrit à sa sœur Noémie qu’elle trouvait l’Iran « incroyable ». Elle n’était pas au bout de ses surprises, hélas.
Le 7 mai 2022, alors qu’ils allaient regagner la France, le cœur sans doute un peu serré, mais la tête pleine de souvenirs lumineux, les deux touristes étaient arrêtés. Motif : ils auraient voulu « déstabiliser » le pays, notamment en l’espionnant pour les services français.
Trois ans, deux mois et dix jours plus tard, ils sont toujours incarcérés, dans des conditions abominables qui s’apparentent à de la torture, et désormais accusés de trois nouveaux crimes : « espionnage pour le Mossad », « complot pour renverser le régime » et « corruption sur terre ».
Trois charges ubuesques, passibles de la peine capitale. La République islamique ira-t-elle jusque-là ?
Elle se moque en tout cas d’invoquer des charges ubuesques comme de traiter ses prisonniers avec un minimum d’humanité. Ce qu’elle veut est clair : embastiller des Occidentaux pour les utiliser dans des négociations concernant les sanctions internationales contre l’Iran et son maudit enrichissement d’uranium.
Cette pratique odieuse de la « diplomatie des otages », comme disent poliment les diplomates quand ils haussent le ton, n’est pas nouvelle de la part du régime de Téhéran.
Il est à craindre qu’elle soit d’autant plus active que ledit régime se trouve affaibli à la fois par le mouvement Femme, Vie, Liberté, qui le conteste depuis septembre 2022, par l’effondrement de ses alliés (Bachar al-Assad en Syrie, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza) et par les violents bombardements israélo-américains de juin.
A ce jour, une douzaine d’Occidentaux, au bas mot, seraient détenus en Iran. Et un jeune Franco-Allemand de 19 ans, nommé Lennart Monterlos, vient à son tour d’être arrêté parmi d’autres, « pour avoir commis un délit », alors qu’il traversait le pays à vélo.
Il est évident que l’État français, qui a menacé Téhéran de « mesures de rétorsion » par la voix d’Emmanuel Macron le 3 juillet, doit tout faire pour la libération de nos compatriotes.
Ne les oublions pas cet été. Ni eux ni tous les autres qui, ailleurs, sont les tragiques victimes collatérales de conflits qui les dépassent. Car les mollahs ne sont pas les seuls à manipuler l’arme abjecte de la détention arbitraire.
On ne peut que s’inquiéter, en particulier, de la dérive actuelle du régime algérien : en condamnant le 29 juin le journaliste sportif Christophe Gleizes à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », parce qu’il enquêtait sur un club de foot kabyle avec un visa touristique ; en confirmant en appel, le 1er juillet, une peine de cinq ans, notamment pour « atteinte à la sûreté nationale », contre le grand écrivain franco-algérien Boualem Sansal, malgré ses 8o ans et le cancer dont il souffre, alors que son avocat dénonce « un dossier vide sans charges crédibles ni éléments tangibles », les tribunaux d’Alger font certainement payer à l’État français son revirement en faveur du Maroc dans le dossier si sensible du Sahara occidental.
Mais la diplomatie des otages n’est pas seulement infâme, elle est aussi terriblement contre-productive. Ces derniers mois l’ont assez montré : c’est un carburant toxique qui ne fait qu’envenimer les crises.
Aucun autre sujet ne peut être abordé, aucun dialogue constructif n’est possible sur rien. Et quelle que soit l’opinion de ses concitoyens sur la question, le président Abdelmadjid Tebboune leur rendrait un grand service en accordant sa grâce à Sansal et à Gleizes – ne serait-ce que pour priver d’arguments ceux qui, de ce côté de la Méditerranée, cultivent les coups de menton idéologiques et électoralistes contre l’Algérie.
Les régimes qui enferment des touristes, des journalistes, des écrivains enferment aussi leurs pays dans des spirales mortifères. Il ne faut plus rien négliger pour en sortir par le haut.
Grégoire Leménager. Le Nl Obs. N° 3174. 17/07/2025
C’est triste à dire mais il y a encore des idiots pour croire qu’on peut aller de partout dans le monde sans risque. L’iran le Yémen l’Irak la Syrie la Libye l’Algérie les pays du Sahel l’Afghanistan la Russie la Biélorussie sont des pays dangereux pour les français.