« Un système éducatif en situation d’échec », « un niveau des élèves inacceptable », « une organisation en décalage avec les besoins de l’enfant ».
Dans son rapport publié mardi sur l’école primaire — publique et privée — la Cour des comptes n’y va pas de main morte. « C’est le constat de l’échec de notre politique publique, en dépit d’une augmentation constante ces dix dernières années des dépenses en sa faveur », résume Pierre Moscovici ; le premier président de la Cour des comptes. Et ce, alors que les effectifs diminuent en raison de la baisse démographique : pour exemple, l’école primaire a accueilli 66 900 élèves de moins en 2024 qu’en 2023.
Pour asseoir leur propos, les Sages de la rue Cambon s’appuient sur les résultats de nos élèves aux évaluations internationales. L’étude TIMSS de 2024 classait ceux de CM1 en queue de peloton de l’Union européenne en maths. Et l’étude Pirls de 2023 sur les compétences en lecture et compréhension indiquait que les compétences des CM1 s’étaient stabilisées, mais restaient aussi dans le bas du tableau de l’UE.
« L’école creuse les inégalités »
Autre alerte des Sages : l’aggravation des inégalités sociales, territoriales et de genre. « L’école creuse les inégalités, ce qui est difficilement entendable eu égard aux objectifs de notre système éducatif », insiste Pierre Moscovici, qui souligne la corrélation très nette entre la performance scolaire des élèves et la position sociale de leurs parents. Le dédoublement des classes en grande section de maternelle, en CP et CE1, dans l’enseignement prioritaire à partir de 2017 a-t-il réduit le nombre d’élèves en difficulté ? Oui, reconnaît la Cour, mais ses effets « s’atténuent par la suite de la scolarité ».
Un constat sur les inégalités partagé par Guislaine David, co-secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat des enseignants du primaire : « On ne donne pas suffisamment à ceux qui en ont le plus besoin. On a encore des classes à 30 élèves en moyenne section dans certains endroits. Il faut aussi régler la question de l’école inclusive : les professeurs des écoles ne sont pas assez formés sur le sujet et il faut recruter davantage d’enseignants spécialisés dans la prise en charge des élèves en difficulté. »
Le « rôle néfaste » de la semaine de quatre jours
Les rythmes scolaires sont aussi cloués au pilori. « L’organisation du temps scolaire n’apparaît pas aujourd’hui conçue selon les intérêts de l’enfant », fustige Pierre Moscovici, qui estime le « rôle néfaste pour le rythme biologique des enfants » de la semaine de quatre jours. « L’extrapolation des données de l’OCDE permet de dégager un modèle dominant, celui d’une semaine scolaire de cinq jours pleins », avance-t-il.
Une analyse qui tombe à pic après l’annonce par Emmanuel Macron, début mai, d’une convention citoyenne sur « les temps de l’enfant ». Reste que la réforme des rythmes scolaires de »14, qui avait relevé la semaine à quatre jours et demi, était très mal passée. « Les maires avaient dû financer les activités périscolaires, ce qui avait mis certaines collectivités en difficulté. Cela avait aussi pesé sur les conditions de travail des enseignants », se souvient Guislaine David.
D’où le retour en arrière massif de la majorité des communes via la possibilité qui leur avait été redonnée en 2017 de repasser à quatre jours.
La Cour estime d’ailleurs qu’une des tares de l’école, est aussi due au fait « que le système éducatif est aujourd’hui trop centralisé ». D’où la nécessité que l’Éducation nationale concerte davantage les collectivités, notamment sur les effets des prévisions démographiques sur la carte scolaire. Des recommandations en cascade qui auront le mérite de relancer le débat.
Delphine Bancaud. Le Dauphiné Libéré. 21/05/2025