Qu’est-ce que ce pape supplémentaire changera au désordre du monde ? On se le demande, et ses premiers mots d’amour et de paix ne suffiront probablement pas à inverser la tendance. Mais ne soyons pas trop vaches, et accordons-lui le bénéfice de la sincérité. Il y croit, c’est déjà ça.
Car pendant ce temps-là dans le monde, tout semble inexorable. La décision du gouvernement Netanyahou de contrôler la bande de Gaza, et à terme toute la Cisjordanie, ne semble pas rencontrer d’obstacles sérieux. Plus rien ne s’y oppose, à part un tremblement de terre ou une invasion de sauterelles. Dans ce conflit, une étape est en train d’être franchie sous nos yeux.
Depuis 1948, c’était deux nationalismes qui s’affrontaient, l’un juif, l’autre arabe. Qu’on défende l’un ou l’autre, on avait affaire à deux revendications de peuples à disposer d’eux-mêmes. La solution à deux États côte à côte était viable tant que la religion en était exclue. Mais depuis le 7 octobre 2023, ce conflit a pris une dimension ouvertement religieuse.
Avec, d’un côté, des islamistes du Hamas et, de l’autre, des sionistes messianiques au gouvernement, « les fondamentalistes musulmans et juifs ont bel et bien lancé une guerre de religion », comme le dit Charles Enderlin, interviewé dans ce numéro. On l’évoquait il y a quelques semaines dans ces pages, les guerres de Religion sont de retour. Le simple fait d’écrire cela est vertigineux.
Ce qui semblait enfoui dans les tréfonds de l’Histoire refait surface avec une violence inouïe. On espérait se tromper en se disant qu’on était trop pessimiste, mais non, c’est bien de cela qu’il s’agit.
Si ce constat est affligeant, il ne doit pas être désespérant, mais galvanisant. Cette fois, il n’y a plus à tergiverser, à couper les cheveux en quatre et à faire la fine bouche : la laïcité est ta seule issue. Une laïcité combative et déterminée.
En cette année 2025 qui célébrera les 120 ans de la loi de 1905, il faut revendiquer plus que jamais le combat laïque. Et il ne s’agit plus de s’excuser de l’être, c’est une question de vie ou de mort pour les démocraties.
Car les États qui se proclament religieux ne sont jamais démocratiques. Seuls ceux qui font le choix de la laïcité sont en mesure de le devenir. Il n’y a pas de démocratie sans le préalable laïque. Et le gouvernement israélien actuel, en s’engouffrant dans cette impasse expansionniste et messianique, tourne le dos à sa tradition démocratique, à l’image de son Premier ministre qui bafoue la Constitution et les lois de son pays.
En France, à l’occasion d’un crime révoltant contre un fidèle dans une mosquée, une nouvelle manifestation contre ce que ses organisateurs appellent l’« islamophobie » fédère des associations islamistes qui ne se cachent même plus de défier la démocratie. La dérive religieuse qui s’empare de nos sociétés ne peut que déclencher des catastrophes.
La semaine dernière, le président de la République a accueilli à Paris le nouveau maître de la Syrie, islamiste revendiqué, les extrémistes religieux juifs ont décidé de prendre le contrôle de Gaza, une manifestation contre l’« islamophobie » a été organisée dans toute la France et l’Église catholique s’est dotée d’un nouveau chef spirituel.
Des événements qui, pris séparément, semblent n’avoir aucun lien entre eux, mais qui, vus à bonne distance, ressemblent à des mouvements de troupes, des manœuvres de corps d’armée en vue d’un futur affrontement sur le champ de bataille. Pour le moment, chacun se renifle le cul et évalue les forces de l’adversaire.
À Gaza, le gouvernement Netanyahou est déjà passé à l’étape suivante. Celle de la croisade. Qui l’arrêtera ? Et surtout, qui, ailleurs dans le monde, osera s’aventurer sur la même voie ?
Le combat pour la laïcité n’est plus un enjeu franco-français comme ses détracteurs veulent nous le faire croire, mais bien un défi mondial.
Éditorial de Riss Charlie Hebdo. 14/05/2025