Le dérèglement médiatique

C’est l’un des paradoxes les plus ahurissants de notre époque.

Jamais l’urgence climatique, « défi du siècle » selon Emmanuel Macron, n’a été aussi documentée, aussi accélérée, aussi évidente pour les Français. Et jamais, elle n’a semblé aussi inaudible. On ne compte plus les rapports, ces derniers mois, qui racontent le grand backlash écologique en cours et quantifient le recul des préoccupations environnementales, ou la montée de « l’indifférence climatique » — selon une récente enquête de la Fondation Jean-Jaurès.

Et d’abord à la télé et à la radio, qui ne consacrent à l’environnement plus que 2 % de temps dans les programmes d’information, selon l’Observatoire des médias sur l’écologie. Publiée le 10 avril par les ONG Data for Good, QuotaClimat et Science Feedback, une étude vient apporter un éclairage supplémentaire, en alertant cette fois sur les avancées de la désinformation climatique, non pas dans les États-Unis de Trump, mais en France, jour après jour.

Les fake news sur les énergies renouvelables ou la pollution de l’air, la négation de la responsabilité humaine dans le bouleversement climatique ne se propagent plus seulement sur les réseaux sociaux, elles prospèrent de façon « conséquente » dans les médias grand public. Détectés à l’aide d’une intelligence artificielle, cent vingt-huit cas de désinformation ont été dénombrés en seulement trois mois, soit une moyenne de dix par semaine.

Des propos trompeurs ou mensongers, souvent prononcés lors d’interviews ou de débats, et qui envahissent les plateaux… faute de contradiction opposée par les journalistes.

Sur les dix-huit chaînes de télévision et de radio étudiées, les médias privés totalisent 77% des cas d’intox — la palme à « Sud Radio » avec 31% des cas.

Deux thématiques, notamment, ressortent : l’énergie et la mobilité, cibles d’autant plus privilégiées par les climatosceptiques et les populistes qu’elles sont « concernantes » et sources de tensions, à l’image de la bataille actuelle sur les ZFE (zones à faibles émissions).

D’où ces questions en forme de défi, insurmontable à ce jour : comment faire comprendre les ultimatums posés par la crise écologique, qui touchent chacun d’entre nous, à commencer par les plus fragiles ? Et comment continuer, coûte que coûte, à parler climat, quand l’écologie est (quasi) devenue un gros mot ?


Weronika Zarachowicz. Télérama N° 3927. 16/04/2025


Une réflexion sur “Le dérèglement médiatique

  1. bernarddominik 18/04/2025 / 10h25

    A force d’entendre des informations tronquées ou simplement fausses par des médias officiels, comme France Info, France TV, les gens ne croient plus ce qu’on leur dit. D’autant plus qu’ils ne voient pas en quoi le CO2 poserait problème. Certes la pollution est comprise mais la suppression des ZFE est plutôt bien vue par les possesseurs de diesel ou de vieilles voitures. Mais tant que les parlementaires n’assumeront pas personnellement leurs fautes ils pourront faire n’importe quoi.

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