D’ignobles débordements…

… et ça fait rire l’extrême droite et les c… !

Le matin, le vice-président américain J.D. Vance s’autocongratule pour son discours à la conférence de Munich sur la sécurité du 14 février : « Vous l’avez aimé ? Tout le monde ne l’a pas autant aimé », ricane-t-il sous l’ovation du public à casquette rouge MAGA — une allusion aux Européens sidérés par les critiques qu’il leur a adressés sur l’immigration et la liberté d’expression.

L’après-midi, le président argentin Javier Milei donne sur scène sa monstrueuse « tronçonneuse pour la bureaucratie » à Elon Musk, qui se met à tenir des propos décousus : « Mon cerveau est une tempête », « J’ai été acheté par Poutine ? Il n’a pas les moyens »… Le soir, l’ex-conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, fait un salut nazi, au cours d’une tirade d’une violence inouïe : « Êtes-vous prêts à vous battre pour Trump ? Armez vos baïonnettes… « Fight ! Fight ! Fight » ! »

La Conservative Political Action Conference (CPAC), rendez-vous annuel des conservateurs, est toujours un bon indicateur de l’état du Parti républicain.
La dernière édition, du 19 au 22 février à Washington, a délivré un message sans ambiguïté : plus aucune digue ne retient les hommes qui se sont emparés de l’Amérique. Avec un triomphalisme sarcastique, ils se sont félicités de faire « pleurer les bureaucrates », de démanteler les agences « marxistes » — comme l’USAID -, de se venger de leurs opposants, et veulent une candidature de leur « guide » en 2028, au-delà des deux mandats.

Dans ce paysage outrancier, le salut nazi devient une référence provocatrice cool : après Steve Bannon, l’acteur mexicain Eduardo Verâstegui a, lui aussi, reproduit le geste qu’Elon Musk avait — déjà — fait lors de l’investiture de Trump sous les applaudissements.

Trump remodèle l’Amérique à son image : scandaleuse, égocentrique, cynique. Sa logorrhée qui a clos la conférence, plus erratique que jamais, distribuant ses bons points, listant ses décrets, traduit une fatuité abyssale. Il est de retour au pouvoir, il a éliminé ses ennemis, le monde entier vient lui lécher les bottes. Emmanuel Macron a pu mesurer la profondeur du gouffre en se rendant à la Maison-Blanche le 24 février. Venu convaincre Trump de ne pas signer une paix avec Poutine aux dépens de l’Ukraine, il s’est heurté à un partenaire ayant fait sien le narratif de la Russie — le prétendu « dictateur » Zelensky serait responsable du déclenchement de la guerre -, à un Harpagon obsédé par sa cassette et les deals commerciaux qu’il veut imposer à Kiev et à Moscou.

Cette nouvelle Amérique est devenue le pôle d’attraction de la planète d’extrême droite. On n’avait jamais vu à la CPAC autant de personnalités des droites radicales européennes. Hongrois, Espagnols, Polonais, Slovaques, Britanniques… jusqu’à la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni qui s’est exprimée par vidéo. Un bal de courtisans qui se sont épanchés sur ce qui les rapproche de Trump : l’« invasion » migratoire, « l’idéologie woke », « le suicide occidental »… Mais la violente radicalisation de l’Oncle Sam embarrasse ses adorateurs du Vieux Continent. Face à sa rhétorique anti-Ukraine, Giorgia Meloni, fervente alliée de Kiev, a préféré ne pas s’attarder sur le sujet. Et le salut nazi de Bannon a amené Jordan Bardella, engagé dans une « normalisation » du RN, à annuler son discours à la conférence. A croire que l’Amérique est désormais trop extrême même pour les plus extrêmes des Européens.


Sarah Halifa-Legrand. Le Nouvel Obs. N° 3153 – 27/02/2025



Une réflexion sur “D’ignobles débordements…

  1. bernarddominik 02/03/2025 / 13h34

    Trump à fait le vide autour des USA. Il a lâché le Canada le Mexique l’UE pour la Russie. C’est un pari perdant car Poutine sait que Trump part dans 4 ans il ne va pas lâcher grand chose. Et pas sur que Poutine laisse tomber Xi Jinpin, un homme fiable, pour le menteur Trump.

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