D’après Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen, la règle du déficit à 3% de 1992 est « caduque ». Le spécialiste des finances publiques et ancien haut fonctionnaire François Ecalle décrypte pour Charlie les enjeux de cette règle budgétaire européenne.
- Charlie Hebdo : Le pacte de stabilité et de croissance prévoit que le déficit public des pays de l’UE ne peut dépasser 3% du PIB et limite la dette à 60% du PUB. On avait déjà dérogé à cette règle lors de la crise du Covid, aujourd’hui, Ursula von der Leyen en personne a appelé à le faire de nouveau pour construire une défense européenne. À quoi sert vraiment cette règle, si l’on peut s’en affranchir d’un claquement de doigts ? Est-ce juste un dogme économique ?
François Ecalle : On peut se poser la question, effectivement. Pour comprendre, il faut remonter à son origine, le traité de Maastricht. Quand on a créé l’euro, l’Allemagne n’était pas vraiment enthousiaste pour abandonner le mark, elle a donc souhaité que l’on instaure des règles budgétaires. Le but était d’éviter qu’il y ait trop d’inflation. Mais le 3 % vient de la France, et le 60 % était à peu près cohérent avec la dette de l’époque. On a mis tout ça dans le traité, mais ça n’a en effet jamais été très contraignant. Ce n’est pas un dogme, au sens où il y a vraiment un problème d’endettement public dans plusieurs pays, et c’est vrai que ces règles ne sont pas complètement respectées. Mais ça oblige quand même à fournir des efforts pour, au moins, essayer de faire semblant de reprendre le contrôle de la dette publique.
- Qu’est-ce que cela changerait si l’UE décidait de la supprimer ? Toute l’Europe deviendrait la Grèce, comme l’annoncent certains ?
Le risque, c’est que certains États se mettent à croire qu’ils peuvent faire n’importe quoi et qu’ils ont toute liberté d’augmenter leur déficit et leur dette. Aujourd’hui, les pays qui sont dans cette situation sont protégés par la Banque centrale européenne. Or il faut quand même expliquer aux pays membres qu’il faut garder un minimum de discipline budgétaire, sinon ils ne feront pas d’effort pour améliorer leur situation. C’est pour ça que je ne suis pas favorable à la suppression des règles, je pense qu’il faut au moins garder des repères. On peut dire qu’elles ne servent à rien, mais il y a une autre façon de voir les choses. Ce que disent les Anglo-Saxons à propos des règles, c’est que ça oblige les pays soit à les respecter, soit à expliquer pourquoi ils ne les respectent pas. Elles ont donc une utilité.
- D’une façon plus générale, la brutalité et l’agressivité économique de Donald Trump ne rendent-elles pas obsolètes, voire carrément contre-productives, les règles économiques européennes, qui sont conçues pour un monde régi par des traités de libre-échange ?
Je suis très inquiet au sujet des dernières déclarations de Donald Trump. II faut que les Européens se ressaisissent. Ça peut être en acceptant des exceptions à la règle des 3 %, mais, pour moi, la solution, c’est de créer une vraie défense commune, de mettre des moyens en commun, comme avec le fonds européen de défense. Mais je crains que les Européens n’arrivent pas à trouver une solution collective. Certains vont essayer de plaire aux États-Unis pour des raisons commerciales ou de rapprochement politique, d’autres vont tenter de vendre leur matériel militaire à des pays tiers… Comme d’habitude, l’Europe va être divisée, et Trump va jouer sur ces divisions.
Propos recueillis par Alice Breton Charlie hebdo. 26/02/2025
Le PIB de l’UE c’est un peu plus de la moitié des USA 6 fois plus que la Russie et à peu près le même que la Chine. Peut-être faut-il imposer une normalisation des armes un achat européen (la Pologne la plus en pointe sur le réarmement achète ses chars en Corée du sud et le reste aux USA tout en utilisant les subventions UE pour ça !). Ce serait déjà un début. M
ais pour cela s’endetter c’est encore une idée débile de Macron, car la charge des intérêts, c’est déjà plus que le budget de l’armée, donc au lieu de payer les banquiers utilisons le bas de laine des français, en défiscalisant un livret spécial.