Libertarisme…

Le coup d’État de la silicon valley

Deux types de gosses sur terre. Le calme, celui assis en tailleur, qui construit patiemment avec ses Lego. Et ta brute, qui se croit au-dessus de tout le monde et vient péter l’ouvrage du premier. Devinez à quelle catégorie appartient Elon Musk ?

Pendant que Donald Trump scandalise avec ses projets immobiliers à Gaza, son lieutenant de la Silicon Valley (et du Texas), Lui, fonce dans le tas. Rapidement, brutalement. À la tête du département de l’Efficacité gouvernementale (Doge) — département qui n’en est pas vraiment un puisque Musk n’a pas été obligé de se soumettre à l’approbation du Sénat et qu’il ne touche pas de salaire de l’État -, il a pris le contrôle sur les plus de 2 millions de fonctionnaires fédéraux du pays.

Sa première action ?

S’emparer du système informatique du service des ressources humaines du gouvernement afin d’envoyer un mail à tous les employés. Dans ce message se trouvait une sympathique proposition leur enjoignant de démissionner avant le 6 février en échange d’un salaire maintenu jusqu’en septembre.

Avec ses soldats, des jeunes dont certains sont mineurs et n’ont pour expérience professionnelle que d’avoir été stagiaires dans une de ses entreprises, Musk détient les millions de données confidentielles des employés.

Incluant bien évidemment les numéros de Sécurité sociale, les adresses et tes niveaux de rémunération des fonctionnaires. Petit hic : Elon Musk ne bénéficie d’aucune habilitation de sécurité l’autorisant à accéder à ces informations.

Mais le nasillon milliardaire semble n’en avoir rien à foutre. Continuant sur sa lancée, il s’en est pris ensuite au département du Trésor américain. Accaparant le système de paiement, qui contient les informations personnelles de millions de personnes, Musk a mis la main sur un véritable trésor de guerre : ce sera lui qui pourra, à l’avenir, décider quels règlements effectuera le gouvernement. Et puisqu’il ne sait pas s’arrêter, le patron de Tesla, toujours en accord avec Trump, a jeté son dévolu sur l’Usaid, l’agence chargée de l’aide humanitaire et du développement économique à l’étranger, que les deux guignols considèrent comme trop coûteuse et propagatrice d’une idéologie woke. Bye-bye les 10.000 employés qui œuvraient à rendre le monde un peu moins invivable pour des millions d’individus.

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Le 5 février, le patron de X et ses Minions ont carrément éjecté les agents de sécurité à l’entrée des locaux de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (Noaa) pour prendre le contrôle, une nouvelle fois, des systèmes informatiques. Et pas besoin d’être Madame Irma pour prédire les prochaines coupes : il suffit de lire Project 2025.

Ce manuel de plus de 900 pages, issu du Lobby The Heritage Foundation, proche de Trump, est une véritable bible pour dictateur en herbe. Nationaliste, conservateur et climatosceptique, le livre affirme que Donald doit avoir un contrôle absolu sur le pouvoir exécutif. Et si ses auteurs n’avaient peut-être pas prévu que leur programme soit appliqué par un libertarien sud-africain, les Américains, eux, ont bien compris d’où venait le danger.

Pour preuve, dans les rues de Washington, c’est désormais « Impeach Musk » que l’on hurle.


Lorraine Redaud. Charlie Hebdo 12/02/2025


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